{"id":17,"date":"2008-03-11T18:58:16","date_gmt":"2008-03-11T16:58:16","guid":{"rendered":"http:\/\/berdec.dyndns.org\/wordpress\/?p=17"},"modified":"2008-03-11T18:58:16","modified_gmt":"2008-03-11T16:58:16","slug":"louise-bourgeois-au-centre-pompidou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=17","title":{"rendered":"Louise Bourgeois au Centre Pompidou"},"content":{"rendered":"<p>Pr\u00e9senter Louise Bourgeois ? Je ne m\u2019y aventurerai pas.<!--more--><\/p>\n<p>Pourtant il n\u2019est pas vain de rappeler son \u00e2ge: Madame Bourgeois est n\u00e9e le 25 d\u00e9cembre 1911 \u00e0 Paris; elle a pass\u00e9 son enfance \u00e0 Antony dans une vaste demeure attenante \u00e0 l\u2019atelier de restauration de tapisseries de ses parents; elle a \u00e9tudi\u00e9 l\u2019histoire de l\u2019art \u00e0 l\u2019Ecole du Louvre \u00e0 la fin des ann\u00e9es 30; elle a migr\u00e9 aux Etats Unis en 1938 avec son \u00e9poux, historien d\u2019art, dont elle a eu trois enfants; elle a rencontr\u00e9 tous les artistes d\u2019importance et a mont\u00e9 \u00e0 New York avec Duchamps l\u2019exposition Documents France 1940-1944&#8230; en 1945; elle a fait toute sa carri\u00e8re outre Atlantique et a connu de ce cot\u00e9 ci une travers\u00e9e du d\u00e9sert dans les ann\u00e9es 70\/80; elle triomphe depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90 et est d\u00e9sormais reconnue comme une artiste majeure&#8230;<\/p>\n<p>Ces \u00e9l\u00e9ments de biographie sont n\u00e9cessaires quand on \u00e9voque l\u2019art de Louise Bourgeois car il s\u2019agit tout \u00e0 la fois d\u2019un art de vie et d\u2019une vie d\u2019art, d\u2019une vie faite art.<\/p>\n<p>Louise Bourgeois, en effet nous parle d\u2019elle, de ses exp\u00e9riences, ses traumatismes, ses r\u00eaves et ses souvenirs. Son enfance est un moment fondateur qui traverse son \u0153uvre et l\u2019a nourrie; sa vie de femme et de m\u00e8re n\u2019est pas moins essentielle et aujourd\u2019hui la lucide observation des effets d\u00e9vastateurs de l&rsquo;\u00e2ge guide ses derni\u00e8res pi\u00e8ces. C\u2019est cela que l\u2019on peut voir au Pompidou apr\u00e8s que tout a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la Tate \u00e0 Londres, sauf justement ses gravures r\u00e9centes, si poignantes.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;exposition se veut a peu pr\u00eat chronologique, ce n\u2019est pas ce que l\u2019on en retient. La perception des \u0153uvres est diachronique avec Louise Bourgeois, th\u00e9matique : enfance, sexe, amour, violence, enfantement, r\u00e9clusion, cruaut\u00e9, inceste, le p\u00e8re, la m\u00e8re, maison, fratrie, homme, enfant, peur &#8230; tout y passe comme dans la vie et c\u2019est ainsi, d\u2019ailleurs, qu\u2019est tr\u00e8s intelligemment construit le catalogue.<\/p>\n<p>L\u2019enfance c\u2019est l\u2019image du p\u00e8re &#8211; peu flatt\u00e9 &#8211; plus incestueux que paternel; des araign\u00e9es symbole maternelle, monstrueuses et protectrices; du grenier &#8211; dont la restitution est subvertie par la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9l\u00e9ments insolites; une chaise de torture par exemple dans Passage dangereux 1997 &#8211; et c\u2019est la maison toute enti\u00e8re, \u00e0 la fois refuge et prison &#8211; Cell (Choisy) 1990-1993, la s\u00e9rie Femme-maison dans les ann\u00e9es 40. La maison m\u00e9taphore de la destin\u00e9e convenue de la femme dans les ann\u00e9es 40, femme au foyer; la maison lieu d\u2019amour et de souvenir RedRoom (Parents) 1994 ambigu\u00eb mais \u00e9vocateurs\u00a0 qui sert de pr\u00e9texte sous-jacent aux Cells des ann\u00e9es 90 : des architectures-installations invent\u00e9es par Louise Bourgeois, espaces d\u00e9limit\u00e9s et mis en sc\u00e8ne. On d\u00e9couvre l&rsquo;int\u00e9rieur pas les interstices des portes qui font les parois ou les ouvertures m\u00e9nag\u00e9es pour la surprise et le voyeurisme. On devient enfant surprenant les parents dans leur chambre&#8230;<br \/>\nLe sexe est souvent l\u00e0 : qui ne se souvient de la fameuse photo de Mappelthorpe qui fixe Louise Bourgeois avec Fillette \u00e0 la main, ce phallus rebaptis\u00e9 avec humour. Mais cette image ne peut cacher l\u2019\u00e9rotisme &#8211; Cumul I 1969 peu sexuel mais tr\u00e8s \u00e9rotique; l\u2019inceste &#8211; Seven in Bed 2001; l\u2019enfantement &#8211; Do Not Abandon Me 1999; la mort &#8211; Three Horizontals 1998.<\/p>\n<p>Diachronie des th\u00e8mes et vari\u00e9t\u00e9 des supports : Louise Bourgeois exploite tout, le m\u00e9tal, le bronze, le marbre, le bois, l\u2019os, le papier, le tissu, l\u2019eau &#8230; r\u00e9cup\u00e8re ou transforme, assemble ou d\u00e9sarticule. La libert\u00e9 avec laquelle elle s&rsquo;approprie le support r\u00e9v\u00e8le la libert\u00e9 du ton et la force du propos. Le support sert un dessein: choquer, \u00e9mouvoir, provoquer et toujours interpeller.<\/p>\n<p>Interpeller c\u2019est ce que fait Louise Bourgeois aujourd\u2019hui et qu\u2019elle montre dans ses \u0153uvres graphiques les plus r\u00e9centes : ses mains rouges qui se croisent avec celles de son assistant, se cherchent et se soutiennent &#8211; 10 am Is When You Come To Me 2007, et surtout, peut \u00eatre, ses mains lev\u00e9es qui implorent, glissent en laissant leurs traces comme si sa vie s\u2019enfuyait &#8211; Extr\u00eame Tension 2007.<\/p>\n<p>Alors oui, Louise Bourgeois nous parle d\u2019elle comme Proust parlait de lui. Le m\u00e9canisme convoqu\u00e9 par Louise Bourgeois est semblable : s\u2019adresser \u00e0 ce qu\u2019il y a d\u2019humain et d\u2019histoire humaine, personnelle et universelle \u00e0 la fois en chacun de nous.<\/p>\n<p>Magistrale le\u00e7on de vie et d\u2019art.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une vie d&rsquo;art et un art de vie<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=17"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/17\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=17"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=17"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=17"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}