{"id":332,"date":"2010-11-13T23:21:17","date_gmt":"2010-11-13T23:21:17","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.homedns.org\/blogpat\/?p=332"},"modified":"2010-12-05T14:23:24","modified_gmt":"2010-12-05T14:23:24","slug":"moore-chez-rodin-et-le-beau-xviiie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=332","title":{"rendered":"Moore chez Rodin et le beau XVIIIe"},"content":{"rendered":"<p>Une visite au mus\u00e9e Rodin fait partie des moments privil\u00e9gi\u00e9s partag\u00e9s par les vrais parisiens\u00a0: le lieu paisible semble immuable, et son jardin, calme et suffisamment vaste est un lieu de repos pris\u00e9.<!--more--><\/p>\n<p>Mais \u00e9videmment on ne va pas l\u00e0 en g\u00e9n\u00e9ral pour lire \u00e0 l\u2019ombre des grands arbres mais pour Rodin, et plus souvent encore pour les expositions temporaires h\u00e9berg\u00e9es dans les restes de l\u2019ancienne chapelle des Dames du Sacr\u00e9-C\u0153ur de J\u00e9sus, \u00ab\u00a0locataires\u00a0\u00bb des lieux au XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>En ce moment, Henri Moore y a pris ses quartiers. (Henry Moore \u2013 L\u2019atelier jusqu\u2019au 27 f\u00e9vrier 2011)<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Moore (1898-1986) et en particulier ses \u0153uvres monumentales sont universellement connues sans m\u00eame que le public non averti sache qu\u2019il en est l\u2019auteur. Il a en particulier multipli\u00e9 les \u0153uvres de grande taille \u00e0 partir de la fin de la guerre, con\u00e7ues \u00e0 partir de moulage et maquettes r\u00e9duites dont certains sont pr\u00e9sent\u00e9s, oeuvres \u00e9vid\u00e9es en \u00ab\u00a0arches\u00a0\u00bb dont l\u2019inspiration provient souvent de squelettes ou ossements animaux stylis\u00e9s et simplifi\u00e9s, comme on peut ais\u00e9ment le constat\u00e9 dans l\u2019exposition \u2013 un cr\u00e2ne d\u2019\u00e9l\u00e9phant est instructif \u00e0 cet \u00e9gard. Il a aim\u00e9 repr\u00e9senter des femmes couch\u00e9es aux formes souples et des formes emboit\u00e9es o\u00f9 joue la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Curieusement, pourtant, ce n\u2019est pas l\u2019\u0153uvre de Moore qui m\u2019a le plus saisi durant cette visite. Mais plut\u00f4t le m\u00e9lange entre cette oeuvre l\u00e0, le travail de Rodin et l\u2019h\u00f4tel, le XVIIIe si\u00e8cle des fa\u00e7ades et des boiseries.<\/p>\n<p>Je me suis surpris \u00e0 trouver le travail de Moore autant inscrit dans l\u2019histoire ou, pour prendre une formulation moins aimable, aussi \u00ab\u00a0dat\u00e9\u00a0\u00bb que le travail de Rodin ou des sculpteurs du temps des Lumi\u00e8res. Les formes rondes, \u00e9vid\u00e9es et d\u00e9form\u00e9es parfois ou l\u2019on surprend la r\u00e9miniscence de certains dessins de Picasso ou du travail des surr\u00e9alistes, correspond bien \u00e0 un temps \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb suffisamment r\u00e9cent pour ne pas encore avoir connu un fort revival, dont je suis persuad\u00e9 qu\u2019il est proche. Mais ce travail fait bien partie de l\u2019histoire c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il ne s\u2019inscrit plus dans un acte vivant t\u00e2tonnant et exp\u00e9rimental. Son propos non th\u00e9orique mais formel sensible et tactile s\u2019inscrit sur un plan semblable \u00e0 celui d\u2019un Rodin.<\/p>\n<p>On peut r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 l\u2019inflexion du \u00ab\u00a0m\u00e9tier\u00a0\u00bb de sculpteur. Du travail exclusif en taille directe ou peu s\u2019en faut dans l\u2019h\u00f4tel, mascarons en pierre des fa\u00e7ades et boiseries des salons, tous d\u2019une virtuosit\u00e9 et d\u2019une finesse d\u2019ex\u00e9cution exceptionnelles\u00a0; la lib\u00e9ration progressive des contraintes de la mati\u00e8re par Rodin, obs\u00e9d\u00e9 par le jeu de la lumi\u00e8re, partageant en cela les pr\u00e9occupations de Monet. Mais l\u2019\u0153il de ce dernier comme son g\u00e9nie particulier le m\u00e8nera au seuil d\u2019intuitions que Rodin, sans doute ne semble pas avoir eu\u00a0; Moore, enfin, exploitant les technique modernes, affranchies des r\u00e9f\u00e9rences trop r\u00e9alistes, jouant des formes pour civiliser et faire chanter la lumi\u00e8re sans contraintes \u2013 mais non parfois sans mani\u00e9risme, de mon point de vue, notamment dans le traitement des surfaces. Une \u00e9volution qui au fond nous parle toujours d\u2019ombre et de lumi\u00e8re, d\u2019\u00e9piderme et de souffle, de ce fr\u00e9missement que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 par exemple avec \u00e9motion devant le Satyre de Mazara del Vallo (bronze antique pr\u00e9sent\u00e9 au Louvre \u00e0 l\u00a0\u2018exposition Praxit\u00e8le en 2007), \u0153uvre vibrante et saisissante. Je noterai au passage que l\u2019exposition permet de mesurer \u00e0 quel point r\u00e9alisme et anthropomorphisme ou leur absence ou leur contournement ne sont pas, au final, les enjeux premiers de la sculpture d\u2019aujourd\u2019hui comme d\u2019hier.<\/p>\n<p>Ainsi, \u00e0 ce jeu de la sculpture, si j\u2019ose \u00e9crire, Rodin est un maitre et Moore un virtuose. Et pourtant, la subtilit\u00e9 des reliefs des boiseries de l\u2019h\u00f4tel capte plus encore, malgr\u00e9 leur \u00e9tat, ce fr\u00e9missement de l\u2019air qui les rapproche de la vie. Rodin et Moore ont regard\u00e9 le ciel pour esp\u00e9rer d\u2019un soleil sculpteur\u00a0la r\u00e9ponse \u00e0 leur qu\u00eate; \u00ab\u00a0l\u2019imagier\u00a0\u00bb de l\u2019h\u00f4tel l\u2019avait trouv\u00e9e dans les fleurs des champs et le sein giron des femmes de Paris.<\/p>\n<p>Au mus\u00e9e Rodin, le vie et le souffle ne sont peut \u00eatre pas l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on croit et l\u2019\u00e9l\u00e9gance subtile de l\u2019h\u00f4tel, jadis r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une caste plus que privil\u00e9gi\u00e9e, demeure n\u00e9anmoins un sommet de civilisation et de raffinement aupr\u00e8s desquels Rodin semble lourd et Moore fastidieux et mani\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>De mon go\u00fbt, la gr\u00e2ce de Giacometti n\u2019a pas souffl\u00e9 sur son contemporain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une visite au mus\u00e9e Rodin fait partie des moments privil\u00e9gi\u00e9s partag\u00e9s par les vrais parisiens\u00a0: le lieu paisible semble immuable, et son jardin, calme et suffisamment vaste est un lieu de repos pris\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/332"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=332"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/332\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":362,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/332\/revisions\/362"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=332"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=332"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=332"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}