{"id":337,"date":"2010-11-22T23:24:28","date_gmt":"2010-11-22T23:24:28","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.homedns.org\/blogpat\/?p=337"},"modified":"2010-11-22T23:33:57","modified_gmt":"2010-11-22T23:33:57","slug":"arman-une-tres-belle-exposition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=337","title":{"rendered":"Arman : une tr\u00e8s belle exposition"},"content":{"rendered":"<p>Arman s\u2019expose \u00e0 Beaubourg jusqu\u2019\u00e0 mi janvier 2011.<\/p>\n<p><!--more-->J\u2019irai droit au but pour saluer d\u2019embl\u00e9e l\u2019intelligence de\u00a0 cette exposition ou, en tout cas ce qui me semble \u00eatre un vrai travail de commissaire, qui met en valeur l\u2019\u0153uvre quitte a en gommer certains aspects. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment la pr\u00e9vention que l\u2019on a quand il s\u2019agit d\u2019Arman vient \u00e9videmment du proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019accumulation employ\u00e9 par le plasticien ad nauseam.<\/p>\n<p>Car l\u2019exposition montre avec beaucoup d\u2019intelligence l\u2019\u00e9mergence de la d\u00e9marche de l\u2019artiste et ses d\u00e9clinaisons. Arman a commenc\u00e9 par les \u00ab\u00a0traces\u00a0\u00bb suivant l\u2019inspiration de son comp\u00e8re, Yves Klein et ses femmes pinceaux. La trace est \u00e0 la fois le t\u00e9moin tangible d\u2019un acte, d\u2019un fait, d\u2019une pr\u00e9sence, inscrits dans un pass\u00e9 r\u00e9volus dont il ne subsiste justement qu\u2019un fant\u00f4me. La pi\u00e8ce \u00ab\u00a0<em>Store po\u00e8me <\/em>\u00bb (1962) con\u00e7ue en collaboration avec Klein, Claude Pascale et Restany est embl\u00e9matique de cette phase. Non seulement elle m\u00eale textes et traces mais s\u2019inscrit dans un mouvement perp\u00e9tuel\u00a0: \u00e0 la fois la m\u00eame et autre chose, le d\u00e9filement des empreintes (le \u00ab\u00a0 store\u00a0\u00bb tourne sur lui m\u00eame) transformant l\u2019\u0153uvre en trace elle m\u00eame dans un jeu \u00e0 la fois de miroir et de mise en abime.<\/p>\n<p>Les accumulations naissent en parall\u00e8le. Le proc\u00e9d\u00e9 est universellement connu et Arman l\u2019a surexploit\u00e9 \u2013 je pense, non sans arri\u00e8res pens\u00e9es qui s\u2019inscrivent dans sa d\u00e9marche. Les premi\u00e8res \u0153uvres ont pris avec le temps une saveur singuli\u00e8re comme \u00ab\u00a0<em>Fiat pas lux II <\/em>\u00bb (1960), empilement de lampes de puissance d\u2019amplificateurs qui n\u2019existent pratiquement plus aujourd\u2019hui, remplac\u00e9es par des transistors\u00a0; ou \u00ab\u00a0 <em>Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens <\/em>\u00bb (1961) empilement de tubes Fly-Tox. L\u2019humour d\u00e9cal\u00e9 des titres parfois un peu trivialement provocateurs, donne une saveur ironique et parfois gla\u00e7ante aux cr\u00e9ations\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Home, Sweet Home <\/em>\u00bb (1960) par exemple est un empilement inqui\u00e9tant de masques \u00e0 gaz ou \u00ab\u00a0<em>La vie \u00e0 pleines dents <\/em>\u00bb (1960) de dentiers.<\/p>\n<p>A chaque fois Arman utilise et empile des objets industriels alors courants. Ces objets ont tous \u00e9t\u00e9 produits en masse ce qui par essence est \u00e0 l\u2019antipode de l\u2019\u0153uvre d\u2019art unique. Arman m\u00e9taphorise ce multiple de masse et le transfigure en un singulier\u00a0: l\u2019\u0153uvre d\u2019art, jouant \u00e0 nouveau sur une ambivalence, unique versus multiple. Et la simplicit\u00e9 apparente du proc\u00e9d\u00e9 permet \u00e0 l\u2019artiste de d\u00e9voiler et d\u00e9mythifier l\u2019acte de production et d\u2019\u00e9laboration utilis\u00e9s \u2013 et c\u2019est un des axes de travail des nouveaux r\u00e9alistes que d\u2019abolir- en apparence &#8211; le myst\u00e8re de la gen\u00e8se de l\u2019\u0153uvre d\u2019art\u00a0; ambivalence encore, par cons\u00e9quent, secret et myst\u00e9rieux versus public et visible<\/p>\n<p>L\u2019empilement de d\u00e9chets participe d\u2019un autre principe d\u2019ambivalence\u00a0: permanent versus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re les \u0153uvres \u00e9tant constitu\u00e9es de d\u00e9chets dont la d\u00e9composition se poursuit.<\/p>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 atteint une forme paroxystique quand Arman utilise des pi\u00e8ces automobiles en collaboration avec les usines Renault\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Accumulation Renault n\u00b0180 <\/em>\u00bb (1972) ou \u00ab\u00a0<em>Accumulation Renault n\u00b0152 <\/em>\u00bb (1968), constitu\u00e9e d\u2019un empilement color\u00e9 en d\u00e9grad\u00e9 du jaune au rouge de capots de voiture. L\u2019agencement qui jusque l\u00e0 a souvent paru plus ou moins al\u00e9atoire ou en tout cas souple et ondulant est ici structur\u00e9, ordonn\u00e9 et presque g\u00e9om\u00e9trique. Les pi\u00e8ces produites en quantit\u00e9 consid\u00e9rables s\u2019organisent en \u0153uvre unique, transformant la \u00ab\u00a0geste\u00a0\u00bb industriel en art. Cette d\u00e9marche qui encadre les \u00e9v\u00e8nements de 1968 peut difficilement en \u00eatre s\u00e9par\u00e9 et conserve une part de sous-entendu politique mettant en cause la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 de consommation\u00a0\u00bb autant que leur forme tr\u00e8s organis\u00e9e pourrait entrer en r\u00e9sonance avec la \u00ab\u00a0chienlit\u00a0\u00bb du moment.<\/p>\n<p>Les \u0153uvres plus tardives comme \u00ab\u00a0 <em>The day after<\/em> \u00bb (1983-1984) jouent d\u2019une dualit\u00e9 destruction versus permanence, puisqu\u2019il s\u2019agit, en l\u2019occurrence, d\u2019un salon calcin\u00e9 de style Louis XV \u2013 destruction d\u2019un style embl\u00e9matique \u00e0 la fois dans son historicit\u00e9 et dans sa permanence puisqu\u2019en usage pour et par une certaine classe moyenne des ann\u00e9es 70 et 80 pour laquelle le \u00ab\u00a0Louis XV\u00a0\u00bb avait valeur r\u00e9f\u00e9rentielle \u2013 retranscrit en bronze \u2013 mat\u00e9riau noble, durable. La \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb de cette \u00ab\u00a0middle class\u00a0\u00bb n\u2019est pas absente de la d\u00e9marche mais c\u2019est surtout, \u00e0 nouveau, l\u2019ambivalence de l\u2019\u0153uvre qui \u00e9merge et demeure.<\/p>\n<p>Enfin l\u2019une des toutes derni\u00e8res pi\u00e8ces \u00ab\u00a0<em>Vanit\u00e9s\u00a0(Atlantis)<\/em> \u00bb (1991) reprend un empilement de chaussure d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 par l\u2019artiste en 1962 dans une de ces cr\u00e9ations les plus s\u00e9duisantes \u00ab\u00a0<em>Madison Avenue <\/em>\u00bb, mais transcrit en bronze constell\u00e9 de concr\u00e9tions, comme s\u2019il s\u2019agissait de l\u2019\u0153uvre de 62 rest\u00e9e trente ans dans un fond marin. Souvenir versus pr\u00e9sence et encore permanence versus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>Le titre de cette pi\u00e8ce est peut \u00eatre l\u2019un d\u2019un ressort cl\u00e9 du travail d\u2019Arman. Car ses accumulations rappellent certains tableaux des maitres flamands qui, dans leurs natures mortes, accumulaient les objets pour mieux souligner la vanit\u00e9 \u00e0 poss\u00e9der les biens de ce monde et exhorter \u00e0 une n\u00e9cessaire \u00e9l\u00e9vation de l\u2019esprit. Certains travaux m\u2019apparaissent comme des souvenirs fantomatiques de ces compositions parfois en explicitant m\u00eame une r\u00e9f\u00e9rence historique, \u00ab\u00a0<em>Portrait-robot de Mozart <\/em>\u00bb (1985) par exemple, ou en exploitant des proc\u00e9d\u00e9s tr\u00e8s proches des anciens comme \u00ab\u00a0<em>Parade<\/em> \u00bb (1962), pr\u00e9sentation de r\u00e9cipients de cuisines en aluminium coup\u00e9s en deux, sur une \u00e9tag\u00e8re bicolore, rappel des nombreuses tableaux du XVIIe si\u00e8cle o\u00f9 s\u2019accumulent les pi\u00e8ces d\u2019orf\u00e8vreries. La version d\u2019Arman en est la transcription moderne d\u00e9risoire, industrielle et pourtant, singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Arman parle r\u00e9solument de vanit\u00e9\u00a0: vanit\u00e9 d\u2019un monde qui produit tant le semblable qu\u2019il finit par ha\u00efr la diff\u00e9rence ou au moins s\u2019en m\u00e9fie et perd la beaut\u00e9 qui s\u2019exprime dans l\u2019unique, l\u2019art, l\u2019\u00eatre vivant. C\u2019est l\u2019actualit\u00e9 de cette \u0153uvre que met en avant l\u2019exposition au Pompidou, non sans renvoyer les derniers avatars contemporains du sujet \u2013 r\u00e9cemment pr\u00e9sent\u00e9es dans une exposition sur le th\u00e8me des vanit\u00e9s \u2013 au rang de bel objet pour nouveau riche.<\/p>\n<p>Alors on comprend qu\u2019Arman en exploitant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usure le proc\u00e9d\u00e9 de l\u2019accumulation a voulu en quelque sorte un retour des objets industriellement produits en masse \u00e0 leur fonction de masse dans une \u0153uvre faite en masse dans un cycle permanent qui au fond est celui m\u00eame de la vie, g\u00e9nitrice du plus beau des singuliers et de la plus grande multitude. Qu\u2019on aime ou non Arman, cette exposition est une vraie r\u00e9ussite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arman s\u2019expose \u00e0 Beaubourg jusqu\u2019\u00e0 mi janvier 2011.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=337"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":342,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/337\/revisions\/342"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}