{"id":344,"date":"2010-11-28T18:34:52","date_gmt":"2010-11-28T18:34:52","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.homedns.org\/blogpat\/?p=344"},"modified":"2010-11-29T14:18:11","modified_gmt":"2010-11-29T14:18:11","slug":"monet-triomphe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=344","title":{"rendered":"Monet triomphe &#8230;"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019exposition incontournable du moment \u00e0 Paris, triomphe public et m\u00e9diatique est \u00e9videmment consacr\u00e9e \u00e0 Monet au Grand Palais.<\/p>\n<p><!--more-->C\u2019est toujours l\u2019occasion de red\u00e9couvrir l\u2019importance et la qualit\u00e9 du plus estim\u00e9 des impressionnistes. L\u2019exposition propose un parcours plut\u00f4t th\u00e9matique \u2013 mais qui reste suffisamment proche de la chronologie du peintre pour percevoir son \u00e9volution.<\/p>\n<p>D\u00e9buts au plus pr\u00eat de Corot dont Monet reprend les principes picturaux et les th\u00e8mes, notamment les repr\u00e9sentations de certains paysages en for\u00eat de Fontainebleau \u2013 <em>Le pav\u00e9 de Chailly<\/em> (1864)\u00a0: ce rappel est int\u00e9ressant car montre et d\u00e9montre que le g\u00e9nie de Monet s\u2019inscrit dans une tradition picturale d\u00e9j\u00e0 bien \u00e9tablie soucieuse de repr\u00e9senter les lumi\u00e8res et les ambiances des paysages d\u2019Ile de France.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins l\u2019extraordinaire sensibilit\u00e9 de Monet \u00e0 percevoir les jeux de couleurs et de lumi\u00e8res s\u2019impose tr\u00e8s vite. Il abandonne la palette brune et verte de son pr\u00e9d\u00e9cesseur pour inonder de couleurs ses paysages de Normandie, le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019entre eux \u00e9tant une vue du port du Havre, <em>Impression, soleil levant<\/em> (1874) sur lequel je reviendrai et absent de l\u2019exposition.<\/p>\n<p>La suite est trop connue pour que je m\u2019y \u00e9tende. Je retiendrai parmi les pi\u00e8ces pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019exposition, les magnifiques vues de la gare Saint Lazare \u00e0 Paris <em>La gare Saint-Lazare<\/em> (1877) et <em>La gare Saint-Lazare, le train de Normandie<\/em> (1877) t\u00e9moins de \u00a0l\u2019intrusion assum\u00e9e des th\u00e8mes et motifs contemporains; \u00e9videmment, la s\u00e9rie des meules et l\u2019extraordinaire s\u00e9rie des vues de la cath\u00e9drale de Rouen (1892-1894)\u00a0; enfin l\u2019\u00e9vocation des grandes compositions, que Monet a qualifi\u00e9es de \u00ab\u00a0d\u00e9coration\u00a0\u00bb, les <em>Nymph\u00e9as<\/em> (1916-1919 et suivantes) aux quelles je rattacherai volontiers <em>le D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em> (1865), dont les deux fragments du mus\u00e9e d\u2019Orsay sont pr\u00e9sent\u00e9s.<\/p>\n<p>Ces deux grandes compositions m\u2019ont toujours sembl\u00e9 l\u2019une des cl\u00e9s de la qu\u00eate du peintre: inventer une peinture qui solliciterait le regard et les sentiments du spectateur, en l\u2019immergeant dans un univers de couleurs, de lignes et de formes propices au plus profondes r\u00eaveries.<\/p>\n<p>Les \u00e9tapes de cette d\u00e9marche passent par ce qui semble quelques r\u00e9volutions ou audaces\u00a0: l\u2019exploitation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e et assum\u00e9e du motif des s\u00e9ries source d\u2019inspiration pour l\u2019art moderne et contemporain, ce que veut rappeler la pr\u00e9sence de pi\u00e8ces de Lichtenstein, librement adapt\u00e9es de la s\u00e9rie des cath\u00e9drales. Le go\u00fbt pour des sujets contemporains et l\u2019abandon de la fable, de la mythologie, bref des sujets du grand genre alors exploit\u00e9s par les Pompiers, mais pas seulement \u2013 notamment G\u00e9r\u00f4me dont on peut voir la premi\u00e8re r\u00e9trospective fran\u00e7aise \u00e0 Orsay ou Cabanel\u00a0; l\u2019invention d\u2019une \u0153uvre immersive dont l\u2019acm\u00e9 est \u00e9videmment les <em>nymph\u00e9as<\/em> univers d\u2019eau et de couleurs en suspension\u00a0qui enveloppe le spectateur sur une \u00e9chelle monumentale sans pr\u00e9c\u00e8dent \u00e0 ce niveau; et l\u2019abandon d\u2019une repr\u00e9sentation objective de \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb au profit des \u00ab\u00a0impressions\u00a0\u00bb du regardant, bref ce qui ressemble \u00e0 l\u2019abolition du sujet.<\/p>\n<p>J\u2019ai d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment choisi de ne pas respecter l\u2019ordre chronologique pour finir sur l\u2019impressionnisme puisque c\u2019est de cela qu\u2019il s\u2019agit. Or, cette r\u00e9volution conceptuelle \u2013 l\u2019enjeu n\u2019est plus dans ce que repr\u00e9sente le tableau et ce qui compte d\u00e9sormais est le sentiment et les impressions du regardant, du public, sollicit\u00e9es, en l\u2019occurrence, par le paysage peint \u2013 est, selon toute apparence, un accident.<\/p>\n<p>On conna\u00eet l\u2019histoire\u00a0dont on ne sait si sa premi\u00e8re partie est l\u00e9gendaire ou non, mais qui, en tous les cas, a \u00e9t\u00e9 accr\u00e9dit\u00e9e par Monet lui m\u00eame: le tableau <em>Impression, soleil levant<\/em> est une vue de l\u2019ancien avant-port du Havre et peint comme tel. Au moment de le pr\u00e9senter dans le catalogue de l\u2019exposition du boulevard des Capucines (avril 1874) Edmond Renoir, devant l\u2019impossibilit\u00e9 manifeste de lier le tableau \u00e0 une vue reconnaissable du port du Havre demande \u00e0 Monet de proposer un titre\u00a0; le peintre aurait r\u00e9pondu \u00ab\u00a0 Mettez impression\u00a0\u00bb, une r\u00e9ponse dont on ne sait s\u2019il \u00e9tait s\u00e9rieuse et pens\u00e9e ou d\u00e9sinvolte et agac\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019histoire se poursuit avec le fameux article sarcastique de Louis Leroy, paru dans Charivari et qui sous forme de dialogues ironise et assassine les \u0153uvres. Pourtant, \u00e0 le relire, on comprend qu\u2019\u00e0 son insu, Leroy r\u00e9v\u00e8le et cr\u00e9e la r\u00e9volution suppos\u00e9e du tableau, la disparition du sujet repr\u00e9sent\u00e9 au profit des \u00ab\u00a0impressions\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais tout cela, au fond est de la m\u00eame eau que les propos et l\u00e9gendes rapport\u00e9es par Pline dans son Histoire naturelle\u00a0: tout semble fortuit, accidentel, au point que l\u2019\u00e9vidence d\u2019une non-r\u00e9volution s\u2019impose. L\u2019impressionnisme reste in fine un formidable concept &#8211; marketing -admirablement exploit\u00e9 par ceux-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019il \u00e9tait sens\u00e9 desservir, en tout premier lieu, Monet lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l\u2019immersion de la modernit\u00e9 ne me semble pas d\u2019avantage la r\u00e9volution qu\u2019on a parfois pr\u00e9tendue mais plut\u00f4t le t\u00e9moignage et la r\u00e9v\u00e9lation de la hantise d\u2019une certaine classe sociale devant les \u00e9volutions dont elle \u00e9tait pourtant la principale instigatrice \u2013 hantise d\u2019ailleurs persistante et signe fort de conservatisme \u2013 qui expliquent qu\u2019elle aie pu voir dans la repr\u00e9sentation des fum\u00e9es des locomotives une audace r\u00e9volutionnaire. Le XIXe si\u00e8cle a peut \u00eatre invent\u00e9 l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb et la foi dans le progr\u00e8s mais aussi, me semble-t-il, son pendant\u00a0: la peur et m\u00eame la haine du contemporain, la m\u00e9fiance du pr\u00e9sent. Je ne sache pas que le XVIIIe si\u00e8cle ou les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents aient eu ces craintes \u00e0 ce niveau d\u2019intensit\u00e9 qui multipliaient sc\u00e8nes de genre, grand ou petit, r\u00e9solument ancr\u00e9es dans leur temps, leur contemporan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p>Quant aux \u00ab\u00a0grandes d\u00e9corations\u00a0\u00bb, on pourrait avec malveillance sugg\u00e9rer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un conflit refoul\u00e9, d\u2019une jalousie des tenants du grand genre, les grands maitres du pass\u00e9 \u2013 pas si lointain si l\u2019on songe au Delacroix de la galerie d\u2019Apollon par exemple \u2013 ou contemporain comme Puvis de Chavanne. Les grands d\u00e9cors, par essence, poss\u00e8dent un pouvoir immersif puissant\u2026 et rien ne prouve, quoi qu\u2019on en est, que Monet eu ne serait-ce que l\u2019intuition des futurs all-over de Pollock ou Joan Mitchell.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a probablement pas eu au fond de vraie volont\u00e9 de r\u00e9volution conceptuelle chez Monet. Il ne semble pas avoir eu la conscience imm\u00e9diate, claire et formul\u00e9e, active et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la fa\u00e7on dont certaines de ces \u0153uvres r\u00e9orienteraient le cours de l\u2019art, et ce n\u2019\u00e9tait pas son propos &#8211; \u00e0 l\u2019inverse d\u2019un Picasso apr\u00e8s lui, d\u2019un Poussin sans doute avant lui, pour n\u2019en citer que deux parmi tant d\u2019autres. Monet, on le revoit dans cette exposition, est un formidable maitre de la lumi\u00e8re, capable d\u2019en sugg\u00e9rer le moindre tremblement et sans doute possible un des plus grands peintres de l\u2019histoire dans ce genre. Monet est LE peintre et c\u2019est sa force et sa limite. Car pass\u00e9 quelques tableaux hors normes, l&rsquo;exposition pr\u00e9sente une litanie de paysages admirablement peints, sans doute possible, mais finalement un peu ennuyeux malgr\u00e9 l\u2019\u00e9merveillement du faire m\u00eame si sa touche visible et ample, oppos\u00e9e jadis \u00e0 la mani\u00e8re lisse et m\u00e9ticuleuse des peintres officiels, a perdu depuis tout caract\u00e8re subversif. Formuler autrement, Monet n\u2019\u00e9tait pas un peintre savant &#8211; je pense que c\u2019est assez peu de le dire &#8211; et ses vues de la Normandie ne me font plus r\u00eaver au del\u00e0 de la sourde nostalgie proustienne d\u2019un temps r\u00e9volu et insaisissable. On est en droit d\u2019aspirer \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 ce sentiment un peu trop petit bourgeois \u00e0 mon go\u00fbt de son temps qui passe \u2013 ce dont Monet parlera lui m\u00eame beaucoup \u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n<p>Car c\u2019est bien finalement ce qui reste au bout de l\u2019exposition\u00a0: un sentiment de joliesse satisfaisante et d\u00e9lectable pour l\u2019\u0153il mais peu nourrissante pour l\u2019esprit. Paradoxe que cette peinture fille de la peinture de genre et des <em>vedutte<\/em> de l\u2019\u00e2ge baroque (voir l\u2019exposition Canaletto \u00e0 la National Gallery de Londres avec les peintures duquel Monet, peignant Venise, ne peut, pour moi, en aucun cas rivaliser quand bien m\u00eame Seurat pensa le contraire), charg\u00e9s de d\u00e9lasser l\u2019esprit et de flatter le souvenir, comme d\u2019affirmer le prestige et la puissance du commanditaire, mais consid\u00e9r\u00e9e comme genre mineur \u00a0&#8211; devenue majeur, par complaisance\u00a0?<\/p>\n<p>Alors, et si Monet semblait un jour aussi ennuyeux que Jean-L\u00e9on G\u00e9r\u00f4me\u00a0? Pour l\u2019heure, il me prend l\u2019envie de revoir Titien et Tintoret, Picasso et Basquiat, Kandinsky, enfin, Matisse et peut \u00eatre les Nymph\u00e9as, mais alors rien que les Nymph\u00e9as.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9vite les jeux de mots oiseux &#8211; mais \u00e9vidents au Grand Palais &#8211; sur le patronyme du grand homme<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/344"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=344"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/344\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":349,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/344\/revisions\/349"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=344"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=344"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=344"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}