{"id":358,"date":"2010-12-05T14:11:25","date_gmt":"2010-12-05T14:11:25","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.homedns.org\/blogpat\/?p=358"},"modified":"2011-01-03T11:10:37","modified_gmt":"2011-01-03T11:10:37","slug":"des-chefs-doeuvre-vers-1500","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=358","title":{"rendered":"Des chefs d&rsquo;oeuvre vers 1500 au Grand Palais"},"content":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s une exposition sur les \u00ab\u00a0Rois Maudits\u00a0\u00bb au Louvre et l\u2019art en 1300 (1998), une autre, magistrale, sur l\u2019art sous Charles VI intitul\u00e9e, <em>Paris 1400<\/em> (2004), le Grand Palais consacre une exposition \u00e0 l\u2019art en France en 1500 \u2013 <em>France 1500, entre Moyen-Age et Renaissance<\/em>.<!--more--><\/p>\n<p>Chacune de ces expositions est l\u2019occasion de pr\u00e9senter des oeuvres exceptionnelles, rarement r\u00e9unies, enluminures, sculptures, tapisseries, vitraux, orf\u00e8vreries. A chaque fois, on regrette l\u2019absence de l\u2019architecture et des tr\u00e8s grands d\u00e9cors monumentaux alors que l\u2019espace architecturale et les oeuvres qui l\u2019ornent, constituent sans doute l\u2019expression artistique majeure de ces temps en France (contrefort des chapelles du cardinal de Lagrange d\u2019Amiens, par exemple pour l\u2019exposition 1400, ou d\u2019une mise au tombeau compl\u00e8te pour l\u2019exposition actuelle, 1500).<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, le mus\u00e9e de Cluny pr\u00e9sente <em>D\u2019or et de Feu, l\u2019art en Slovaquie \u00e0 la fin du Moyen-Age<\/em>, une exposition plus modeste, certes, mais qui donne l\u2019occasion, rare \u00e0 Paris, d\u2019un contact avec la grande sculpture des retables monumentaux d\u2019Europe centrale con\u00e7ue pr\u00e9cis\u00e9ment autour de 1500.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 extraordinaire des sculptures est bien ce qui m\u2019a frapp\u00e9 d\u2019embl\u00e9e \u00e0 chaque fois. A Cluny, le relief en bois polychrome de <em>la Nativit\u00e9 dite de Hlohovec<\/em> (1480-90) et la <em>Vierge d\u2019Annonciation de Bratislava<\/em> (1480-90) sont admirables \u00e0 la fois de virtuosit\u00e9 et de sensibilit\u00e9 dans le rendu des v\u00eatements et la gr\u00e2ce des visages. Le raffinement extr\u00eame de la polychromie met en \u00e9vidence le style tourment\u00e9 et monumental des \u0153uvres. Au grand Palais la sculpture est plus sage, plus retenue. La <em>Notre-Dame de Grace de Toulouse<\/em> (1470), d\u2019une \u00e9l\u00e9gance et d\u2019un charme absolus, a aussi conserv\u00e9 ses couleurs si subtilement en symbiose avec la sculpture. On revoit avec \u00e9motion des pi\u00e8ces du Maitre de Chaource (<em>Sainte Marthe<\/em> 1510-15) dont la forme se ressent d\u2019un subtil italianisme mais dont l\u2019esprit reste attach\u00e9 \u00e0 l\u2019humilit\u00e9 recueilli et intense du dernier gothique. On mesure l\u2019ampleur des possibilit\u00e9s expressives que la parfaite maitrise de leur art autorise aux \u00ab\u00a0imagiers\u00a0\u00bb en \u00e9tudiant les trois statues provenant du ch\u00e2teau de Chantelle et attribu\u00e9es \u00e0 Jean Guihomet\u00a0: La <em>Sainte-Anne<\/em>, femme digne et \u00e2g\u00e9e dont le corps d\u00e9licatement courb\u00e9 semble prot\u00e9ger et accueillir la jeune Vierge\u00a0; le <em>Saint-Pierre<\/em> emprunt d\u2019une ferme autorit\u00e9 et la douce et tendre <em>Sainte-Suzanne<\/em> qui feuillette un livre et \u00e0 laquelle on confierait volontiers ses peines. Les veines sur les mains, la pr\u00e9cision du moindre d\u00e9tail, les visages fortement individualis\u00e9s sans jamais tomber dans un naturalisme vulgaire, disent assez le niveau atteint alors.<\/p>\n<p>On verra aussi quelques peintures majeures notamment du maitre de Moulins \u2013 m\u00eame si le <em>Triptyque de la Vierge en Gloire<\/em>, son \u0153uvre maitresse, n\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9. La pr\u00e9cision de la touche, la d\u00e9licatesse des visages et leur recueillement \u2013 <em>portait de Marguerite d\u2019Autriche<\/em> 1490-91 \u2013 et le sens du d\u00e9corum et du monumental \u2013<em>Saint soldat et donateur<\/em> 1500-1505 \u2013 suffisent \u00e0 \u00e9voquer ce tr\u00e8s grand peintre. \u00a0On devine chez lui \u00e0 la fois des influences de Jean Fouquet \u2013 <em>le<\/em> peintre fran\u00e7ais du XVe si\u00e8cle \u2013 et italiennes et flamandes, un sujet que l\u2019on aurait aim\u00e9 approfondir. Notons au passage que l&rsquo;identification du peintre \u00e0 Jean Hey, consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tablie dans l&rsquo;exposition, est pourtant contest\u00e9e, notamment par A. Ch\u00e2telet sur des bases assez s\u00e9rieuses.<\/p>\n<p>L\u2019ombre de l\u2019Italie est \u00e9videmment bien l\u00e0 dans ces temps o\u00f9 les rois fran\u00e7ais ont port\u00e9 leurs armes outre monts et poss\u00e9d\u00e9s des territoires (Louis XII occupa le milanais de 1500 \u00e0 1513). Les liens entre les grandes familles italiennes et la cour de France \u00e9taient nombreux et depuis longtemps. La possession du milanais administr\u00e9 par Charles II d\u2019Amboise de Chaumont, neveu de Georges d\u2019Amboise, le commanditaire de Gaillon, premier chantier fran\u00e7ais o\u00f9 l\u2019italianisme s\u2019imposa largement, facilitait \u00e9videmment les \u00e9changes. Cette pr\u00e9sence italienne est rappel\u00e9e par quelques tr\u00e8s belles \u0153uvres \u2013 <em>Tombeau des enfants de Charles VIII <\/em>; quelques \u00e9paves du d\u00e9cor de Gaillon ou des \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor de la chapelle de Commynes et \u00e9videmment <em>La belle Ferronni\u00e8re<\/em> de L\u00e9onard, peinte \u00e0 Milan vers 1495-1497.<\/p>\n<p>Enfin, on peut contempler quelques beaux livres dont <em>les Grandes Heures d\u2019Anne de Bretagne<\/em> de Jean Bourdichon (1505-1508), malheureusement mal pr\u00e9sent\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral et peu visibles comme toujours quand il s\u2019agit de documents sous vitrines dans une exposition satur\u00e9e.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019exposition 1500 pr\u00e9sente-t-elle nombre de tr\u00e8s belles \u0153uvres, h\u00e9las organis\u00e9es par centres g\u00e9ographiques \u2013 Bourbonnais, Paris, Normandie, Champagne, etc\u2026 Je me souviens de l\u2019exposition 1400, o\u00f9 la question du Gothique Internationale \u00e9tait pos\u00e9e et en filigrane, la probl\u00e9matique des \u00e9changes, circulation d\u2019\u0153uvres et d\u2019artistes et des influences. La question se pose encore plus loin si l\u2019on songe au rayonnement de la sculpture r\u00e9moise outre Rhin (XIIIe si\u00e8cle)\u2013 Naumburg, Bamberg \u2013 voire en Italie. Car la circulation des hommes, des id\u00e9es, des mod\u00e8les et des oeuvres semblent avoir \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t un des ressorts de l\u2019art m\u00e9di\u00e9val et surtout en France au carrefour des routes d\u2019Italie aux Flandres. En choisissant un parti \u00ab\u00a0r\u00e9gionaliste\u00a0\u00bb tr\u00e8s conservateur et traditionnel dans l\u2019historiographie fran\u00e7aise, les commissaires ont occult\u00e9 ce qui \u00e9tait peut \u00eatre le point cl\u00e9 de ces ann\u00e9es 1500\u00a0: l\u2019intensification des \u00e9changes et des brassages, favoris\u00e9s par la situation politique et militaire tr\u00e8s particuli\u00e8re du temps \u2013 les guerres d\u2019Italie. Car ces centres r\u00e9gionaux sont finalement les principaux lieux de pouvoir et surtout de richesse du moment \u2013 dont Paris n\u2019est alors plus l\u2019\u00e9picentre en France, au contraire de ce qu\u2019affirme contre toute \u00e9vidence le catalogue, simplement parce que la cour n\u2019y a pas son s\u00e9jour favori \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse du Milanais, de Slovaquie, du Bourbonnais ou de la Normandie\u2026 ce qui on l\u2019aura not\u00e9, ne me semble pas constituer une d\u00e9couverte si majeure qu\u2019elle m\u00e9rite d\u2019orienter une grande exposition. Cons\u00e9quemment, l\u2019attention se perd dans des consid\u00e9rations parfois contradictoires o\u00f9 les modestes r\u00e9gions fran\u00e7aises semblent en rivalit\u00e9 avec l\u2019Italie \u2013 d\u00e9j\u00e0 globalis\u00e9e, apparemment.<\/p>\n<p>Bref, l\u2019exposition souffre d\u2019une vision universitaire laborieuse qui manque de souffle et d\u2019ampleur \u2013 de jeunesse et de fraicheur\u00a0? -, alors qu\u2019on pressent l\u2019immense int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche plus transversale en allant \u00e0 Cluny constater l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des pr\u00e9occupations en Europe vers 1500 par del\u00e0 les diversit\u00e9s stylistiques. J\u2019aurais r\u00eav\u00e9 d\u2019une exposition con\u00e7ue autour des influences et de la circulation des oeuvres, la persistance des th\u00e8mes et des moyens de les \u00ab\u00a0figurer\u00a0\u00bb s\u00a0\u2018appuyant, &#8211; pourquoi pas\u00a0? &#8211; sur le contexte politique. Cela aurait permis de mieux r\u00e9v\u00e9ler l\u2019incroyable richesse et la complexit\u00e9 des \u00e9changes, loin de l\u2019image d\u2019Epinal d\u2019un art italien subjuguant sans nuance l\u2019Europe enti\u00e8re, image encore enseign\u00e9e dans les \u00e9coles, pourtant.<\/p>\n<p>Le catalogue, h\u00e9las n\u2019arrange rien. Les notices sont succinctes\u00a0; on cherchera en vain un texte vraiment d\u2019importance. On trouvera, a contrario, des chapitres dont au moins le titre s\u2019inscrit dans un d\u00e9ni d\u2019histoire \u2013 Paris, capitale des arts (p 119 \u00e0 127), ce qui montre assez que la vision \u00e9clat\u00e9e, dispers\u00e9e de l\u2019exposition n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 consolid\u00e9e ni mise en coh\u00e9rence \u00e0 la r\u00e9daction du livre. Enfin, comment montrer la moindre indulgence envers le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019architecture, dont les d\u00e9veloppements auraient du suppl\u00e9er les manques de l\u2019exposition, et qui exp\u00e9die le sujet en quelques lignes \u2026 sans int\u00e9r\u00eat\u00a0? Pourquoi par exemple ne pas avoir propos\u00e9 une \u00e9tude et une restitution virtuelle du chantier capital de Gaillon, comme l\u2019on fait les commissaires de l\u2019exposition des sciences \u00e0 Versailles pour la m\u00e9nagerie\u00a0?<\/p>\n<p>On ira donc voir 1500\u00a0 pour les oeuvres majeures qu\u2019elle rec\u00e8le, en la prolongeant \u00e0 Cluny, dont la modeste exposition est finalement plus rigoureuse et coh\u00e9rente \u2013 sans parler du catalogue, tr\u00e8s sup\u00e9rieur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>O\u00f9 l&rsquo;on voit des oeuvres merveilleuses dont l&rsquo;approche est un peu g\u00e2ch\u00e9e par l&rsquo;organisation de l&rsquo;exposition<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/358"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=358"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/358\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":369,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/358\/revisions\/369"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=358"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=358"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=358"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}