{"id":395,"date":"2011-01-30T23:32:45","date_gmt":"2011-01-30T23:32:45","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.homedns.org\/blogpat\/?p=395"},"modified":"2011-07-18T21:31:20","modified_gmt":"2011-07-18T21:31:20","slug":"le-xviiie-au-louvre-lantiquite-revee-et-messerschmidt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=395","title":{"rendered":"Le XVIIIe au Louvre : l&rsquo;Antiquit\u00e9 r\u00eav\u00e9e et Messerschmidt"},"content":{"rendered":"<p>Le Louvre propose simultan\u00e9ment deux expositions importantes et \u00e0 l\u2019ambition tr\u00e8s diff\u00e9rente consacr\u00e9es au XVIIIe si\u00e8cle\u00a0: <em>L\u2019Antiquit\u00e9 r\u00eav\u00e9e &#8211; Innovations et r\u00e9sistances au XVIIIe si\u00e8cle<\/em> et <em>Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783)<\/em>.<!--more--><\/p>\n<p>La premi\u00e8re exposition fait partie des ces projets ambitieux qui cherche \u00e0 explorer une th\u00e9matique par un propos transversal sur une p\u00e9riode donn\u00e9e. Il s\u2019agit ici de la persistance dans les arts des r\u00e9sistances et des r\u00e9miniscences de l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Lumi\u00e8res, en Europe. Vaste et complexe sujet qui tient autant de l\u2019Histoire que de l\u2019Histoire de l\u2019art et qui aurait m\u00e9rit\u00e9 deux ou trois fois plus d\u2019espace.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode retenue court de 1720 \u2013 La r\u00e9gence en France, le r\u00e8gne d\u2019Auguste le Fort en Saxe, le commanditaire des splendeurs de Dresde\u2026 &#8211; \u00e0 1790 environ, pour l\u2019essentiel. Quelques \u0153uvres fortes illustrent le propos \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, <em>l\u2019Amour taillant son arc dans la masse d\u2019Hercule<\/em> de Bouchardon (1750), le <em>buste de Diderot<\/em> par Houdon (1775), le <em>Serment des Horaces<\/em> de JL David (1784-1785) entre autres. Plusieurs personnalit\u00e9s historiques sont \u00e9voqu\u00e9s au premier rang desquels Winckelmann dont le livre sur l\u2019art grec paru en 1755 eut un certain retentissement ou le comte de Caylus auteurs de contes \u00e9rotiques dans l\u2019air du temps, \u00ab\u00a0arch\u00e9ologue\u00a0\u00bb et curieux, et surtout membre influent de l\u2019Acad\u00e9mie royale de peinture et de sculpture, soutien aux peintres qui se r\u00e9clament du retour \u00e0 l\u2019antique (dont Vien et Greuze).<\/p>\n<p>Des \u00e9v\u00e8nements jalonnent l\u2019\u00e9poque\u00a0qui entretiennent le go\u00fbt de l\u2019antique et alimentent le march\u00e9 en \u0153uvres romaines: les fouilles d\u2019Herculanum qui d\u00e9butent en 1738 bien s\u00fbr puis la red\u00e9couverte et l\u2019authentification du site de Pomp\u00e9i\u2026 et \u00e9videmment \u00e0 la fin du si\u00e8cle la R\u00e9volution qui exacerbe le gout pour le style martial et vindicatif, \u00ab\u00a0\u00e0 la Romaine\u00a0\u00bb qui tendait alors \u00e0 s\u2019imposer dans certains milieux parisiens.<\/p>\n<p>Deux artistes servent en quelques sorte de bornes: Poussin dont l\u2019\u0153uvre continuait alors d\u2019\u00eatre admir\u00e9e en France et dont est pr\u00e9sent\u00e9 notamment le <em>Testament d\u2019Eudamidas<\/em> (1644) et JH F\u00fcssli avec <em>le Cauchemar<\/em> (1782). Le premier est la r\u00e9f\u00e9rence finalement assez \u00e9vidente de David, Greuze ou m\u00eame Vien, ce qui permet de souligner la complexit\u00e9 des chemins suivis par l\u2019esth\u00e9tique \u00ab\u00a0n\u00e9oclassique\u00a0\u00bb qui empruntent bien des formes au grand go\u00fbt du XVIIe et doit son succ\u00e8s certes aux d\u00e9couvertes arch\u00e9ologiques mais aussi formellement \u00e0 la nostalgie du \u00ab\u00a0Grand si\u00e8cle\u00a0\u00bb. Le second n\u2019appartient d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 cet \u00e2ge de la raison qu\u2019il s\u2019exprime dans les d\u00e9licatesses rocailles ou dans la m\u00e2le force romaine du retour \u00e0 l\u2019antique\u00a0: F\u00fcssli d\u00e9j\u00e0 s\u2019int\u00e9resse plus \u00e0 l\u2019\u00e2me qu\u2019au \u00ab\u00a0beau\u00a0\u00bb et annonce \u00e9videmment d\u2019autres courants. Le go\u00fbt du \u00ab\u00a0sublime\u00a0\u00bb est n\u00e9.<\/p>\n<p>Entre ces pivots la r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019antique est \u00e9voqu\u00e9e, m\u00eame si ce terme convient mal \u2013 persistance du baroque serait plus appropri\u00e9. David lui-m\u00eame semble ne pas ignorer la grande mani\u00e8re de Jules Romain dans les <em>Fun\u00e9railles de Patrocle<\/em> (1779) et les grands d\u00e9cors illustrent une certaine indiff\u00e9rence au go\u00fbt antique (Boucher, Durameau, \u2026 et surtout Tiepolo).<\/p>\n<p>Tout cela est parfaitement connu, trop sans doute et c\u2019est bien l\u2019impression qui ressort au final du propos\u00a0: un certain <em>acad\u00e9misme<\/em> au point que l\u2019on pourrait presque penser que l\u2019exposition a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour illustrer avant tout une vision convenable sinon convenue de l\u2019Histoire de l\u2019Art.<\/p>\n<p>Car enfin, l\u2019importance du texte de Winckelmann par exemple m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre enti\u00e8rement r\u00e9examin\u00e9e pour la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e sans pr\u00e9jug\u00e9e de son succ\u00e8s futur\u00a0: en 1755 son travail qui concerne l\u2019art grec, int\u00e9resse avant tout un milieu de curieux et d\u2019amateurs sensibilis\u00e9s. Les cours d\u2019Europe s\u2019y int\u00e9ressent assez peu au fond et la plupart des artistes alors vivants, pour ne pas dire tous, n\u2019en tirent aucune cons\u00e9quence raisonnablement d\u00e9celable dans leur pratique et \u00e0 supposer qu\u2019ils en ait eu connaissance. Ce texte alibis et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 en Allemagne par la suite, a, selon moi, \u00e9t\u00e9 d\u2019abord accueilli pour ce qu\u2019il est en effet\u00a0: un texte d\u2019\u00e9rudition. Les fouilles d\u2019Herculanum de m\u00eame ont d\u2019abord excit\u00e9 la curiosit\u00e9 des collectionneurs\u00a0: comment ne pas r\u00e9sister \u00e0 tant de d\u00e9couvertes offertes simplement en creusant le sol. L\u2019influence des \u0153uvres s\u2019est faite par contagion, parfois en suivant un fort effet de mode, sans vraies cons\u00e9quences profondes imm\u00e9diates. En France enfin, les traces de la nostalgie du grand r\u00e8gne sont politiques et Voltaire s\u2019en est m\u00eal\u00e9\u00a0: son <em>Si\u00e8cle de Louis XIV<\/em> de 1751 est une am\u00e8re critique politique du r\u00e8gne suivant et il transcrit un sentiment partag\u00e9 par une certaine frange de l\u2019aristocratie et des milieux intellectuels, milieux entour\u00e9s d\u2019\u0153uvre d\u2019arts et qui cherchent aussi par ce biais \u00e0 retrouver les grandeurs pass\u00e9es \u2013 un despote \u00e9clair\u00e9. L\u2019influence de Poussin, le go\u00fbt pour les meubles Boulle, le retour d\u2019une iconographie assez martiale que Louis XIV, roi de guerre, n\u2019aurait pas reni\u00e9e sont autant de manifestations de cette \u00ab\u00a0nostalgie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le go\u00fbt qui s\u2019impose vers 1760 est moins uniforme que ne le voudrait l\u2019exposition et l\u2019histoire de l\u2019art dans sa version \u00ab\u00a0traditionnelle simplifi\u00e9e\u00a0\u00bb car les courants sont nombreux et complexes. L\u2019antiquit\u00e9 est alors d\u2019abord romaine, c\u2019est \u00e0 dire militaire et grandiose voire d\u00e9mesur\u00e9e comme le souligne les projets irr\u00e9alisables de Boull\u00e9e, aux antipodes de l\u2019esprit voulu par Winckelmann. Et en m\u00eame temps, la propagande Royale s\u2019appuie aussi sur des portraits (Vig\u00e9e-Lebrun) o\u00f9 l\u2019\u00e9motion et le sentiment l\u2019emportent sur le grandiose et JH Fragonard peint <em>le Verrou<\/em> (1778) dans un esprit qui reste celui libertin du d\u00e9but du si\u00e8cle. Les jardins si chers aux aristocrates comme leur repr\u00e9sentation (Hubert-Robert) doivent peu \u00e0 la Gr\u00e8ce ou \u00e0 Rome et le sentiment de la nature qui s\u2019y manifeste \u2013 surtout en Angleterre \u2013 souligne la complexit\u00e9 et la richesse des id\u00e9es et des pr\u00e9occupations du moment (D\u00e9sert de Retz par exemple). Enfin, en musique comme au th\u00e9\u00e2tre les grandeurs antiques sont en partie pass\u00e9es de mode\u00a0et en tout cas partagent leurs succ\u00e8s avec la peinture caustique du temps: Beaumarchais triomphe officiellement en 1784 avec sa <em>Folle journ\u00e9e<\/em> (1778) et Gluck en 1778 avec <em>Iphig\u00e9nie en Tauride.<\/em><\/p>\n<p>Si au fond une oeuvre pr\u00e9sent\u00e9e devait r\u00e9sumer la complexit\u00e9 des enjeux et des go\u00fbts de la p\u00e9riode ce serait sans doute\u00a0<em>l&rsquo;Amour<\/em> de Bouchardon d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 (1750). La\u00a0sculpture\u00a0est fameuse. Bouchardon y apporta un soin extr\u00eame allant jusqu&rsquo;\u00e0 polir lui m\u00eame le marbre, t\u00e2che habituellement d\u00e9volue \u00e0 des aides. L&rsquo;adolescent ail\u00e9 a \u00e9t\u00e9 sculpt\u00e9 en s&rsquo;inspirant au plus pr\u00e8s de mod\u00e8les r\u00e9els et le corps a ces formes inachev\u00e9es et troubles de l&rsquo;adolescence. La composition est toute en courbes (l&rsquo;arc, le corps, le socle) qui poussent \u00e0 en faire le tour, souvenir de son lieu originel de destination, au centre du salon d&rsquo;Hercule \u00e0 Versailles. Formellement, l&rsquo;oeuvre fut salu\u00e9e et tr\u00e8s ch\u00e8rement pay\u00e9e. Mais son sujet d\u00e9plut, jug\u00e9 trop trivial. Le roi ne l&rsquo;appr\u00e9cia pas &#8211; mais Mme de Pompadour au contraire l&rsquo;a\u00a0admir\u00e9e semble-t-il peut-\u00eatre parce que d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, elle y a reconnu son histoire, l&rsquo;amour triomphant du h\u00e9ros, la femme, du roi \u2013 et elle quitta vite Versailles pour l&rsquo;orangerie de Choisy avant d&rsquo;\u00eatre plac\u00e9e au Louvre, copi\u00e9e et de revenir en fac-simile, si l&rsquo;on ose dire, dans le Temple de l&rsquo;Amour du Trianon &#8211; o\u00f9 la copie due \u00e0 Mouchy se trouve toujours. Bouchardon semble avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment cherch\u00e9 \u00e0 brouiller l&rsquo;image de l&rsquo;antique : l&rsquo;Amour a le fini d&rsquo;un biscuit et une sensualit\u00e9 trouble en\u00a0opposition\u00a0avec le mufle du lion de N\u00e9m\u00e9e et la puissance de la massue, allusion traditionnel au pouvoir, \u00e0 la guerre, \u00e0 Rome. En quelque sorte, n\u2019est-ce pas l&rsquo;all\u00e9gorie voil\u00e9e du triomphe de la gr\u00e2ce, de la jeunesse et de la beaut\u00e9 sur la force, la puissance et m\u00eame l&rsquo;antiquit\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la romaine\u00a0\u00bb ? L\u2019Amour transformant le symbole de la force et de la puissance en arme de s\u00e9duction\u2026 qu\u2019on est loin de David\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019aurais donc appr\u00e9ci\u00e9 que tout\u00a0 cela f\u00fbt davantage \u00e9voqu\u00e9 et que plus de places fussent consacr\u00e9es au contexte politique social et philosophique tr\u00e8s dense de la p\u00e9riode. Que d\u2019autres arts fussent convoqu\u00e9s \u2013 musique et th\u00e9\u00e2tre \u2026 qui auraient montr\u00e9 \u00e0 quel point le retour \u00e0 l\u2019antique n\u2019avait aucune vocation d\u00e9celable, alors,\u00a0 de devenir en France le manifeste artistique d\u2019un r\u00e9gime militaire, et pouvait poursuivre sur la voie d\u2019une esth\u00e9tique raffin\u00e9e incarn\u00e9e par Canova et les d\u00e9cors con\u00e7us pour Marie-Antoinette.<\/p>\n<div id=\"attachment_399\" style=\"width: 380px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?attachment_id=399\" rel=\"attachment wp-att-399\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-399\" class=\"size-full wp-image-399\" title=\"Bouchardon - L'Amour\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Bouchardon-LAmour.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"734\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Bouchardon-LAmour.jpg 370w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Bouchardon-LAmour-151x300.jpg 151w\" sizes=\"(max-width: 370px) 100vw, 370px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-399\" class=\"wp-caption-text\">Edme BOUCHARDON - L&#39;Amour se faisant un arc de la massue d&#39;Hercule 1750 \u00a9 Mus\u00e9e du Louvre\/P. Philibert<\/p><\/div>\n<p>C\u2019est donc un peu frustr\u00e9 que je suis all\u00e9 voir Messerschmidt.<\/p>\n<p>L\u2019exposition est d\u2019une toute autre nature puisque monographique, la premi\u00e8re pour cet artiste en France. Et le choc est bien r\u00e9el m\u00eame si son \u0153uvre est connue pour les amateurs fran\u00e7ais au pire depuis que le Louvre se porta acqu\u00e9reur d\u2019une des t\u00eates de caract\u00e8res il y a quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce sculpteur qui a beaucoup travaill\u00e9 \u00e0 Vienne et fini sa vie \u00e0 Presbourg (1736-1783) appartient \u00e0 la p\u00e9riode couverte par l\u2019exposition pr\u00e9c\u00e9dente. Il est surtout connu \u2013 mais pas seulement \u2013 pour avoir produits de singuli\u00e8res t\u00eate d\u2019hommes grima\u00e7ants, souriants riants, toutes tr\u00e8s proches appel\u00e9es \u00ab\u00a0t\u00eates de caract\u00e8res\u00a0\u00bb &#8211; plus d\u2019une cinquantaine en tout &#8211; et dont une partie sont pr\u00e9sent\u00e9es suivant un ordre typologique.<\/p>\n<p>Ces \u0153uvres furent montr\u00e9es ensembles la premi\u00e8re fois en 1793 \u00e0 Vienne. L\u2019effet de s\u00e9rie \u2013 peut \u00eatre con\u00e7ue comme tel \u2013 devait \u00eatre impressionnant puisque toutes les t\u00eates partagent des proportions et un cadrage semblable et la plupart sont un \u00e9tain ou en alliage plomb-\u00e9tain, quelques unes en alb\u00e2tre.<\/p>\n<p>Ce qui frappe d\u2019embl\u00e9e et qui permet l\u2019effet souhait\u00e9 est l\u2019extraordinaire virtuosit\u00e9 du sculpteur. Qu\u2019il s\u2019agisse de l\u2019alb\u00e2tre ou de m\u00e9tal, le ciseau est d\u2019une pr\u00e9cision diabolique \u2013 au sens de la musique de Paganini. Cette virtuosit\u00e9 est mise au service d\u2019un cadrage strict, frontal et sym\u00e9trique et tr\u00e8s serr\u00e9 \u2013 les bustes s\u2019arr\u00eatent au bas du cou. Les moindres muscles, rides, ridules sont repr\u00e9sent\u00e9s et \u00e0 la fois le cadrage strict et quasi g\u00e9om\u00e9trique contredit le naturalisme suppos\u00e9 de la repr\u00e9sentation. Et de fait Messerschmidt sch\u00e9matise et m\u00eame g\u00e9om\u00e9trise son travail au point que l\u2019autoportrait <em>L\u2019artiste tel qu\u2019il s\u2019est imagin\u00e9 en train de rire<\/em> 1777-1781, est \u00e0 la fois d\u2019un r\u00e9alisme saisissant et presque abstrait par sa sym\u00e9trie, en tous les cas d\u2019une impressionnante modernit\u00e9. Le caract\u00e8re parfois grotesque, parfois inqui\u00e9tant de certains de ces bustes est d\u2019autant plus fort que chacun fait \u00e9chos \u00e0 son voisin \u00e0 la fois semblable et diff\u00e9rent. Un tel travail est d\u2019une singularit\u00e9 particuli\u00e8re et sans \u00e9quivalent, m\u00eame s\u2019il peut \u00eatre rattach\u00e9 aux \u00e9tudes de physiognomonie dont Le Brun avait donn\u00e9 des images fameuses un si\u00e8cle plus t\u00f4t diffus\u00e9es par la gravure dans son <em>trait\u00e9 des passions.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_400\" style=\"width: 377px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?attachment_id=400\" rel=\"attachment wp-att-400\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-400\" class=\"size-full wp-image-400  \" title=\"Messerschmidt - autoportrait souriant\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Messerschmidt-autoportrait-souriant.jpg\" alt=\"\" width=\"367\" height=\"491\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Messerschmidt-autoportrait-souriant.jpg 765w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Messerschmidt-autoportrait-souriant-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 367px) 100vw, 367px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-400\" class=\"wp-caption-text\">Messerschmidt - autoportrait souriant - Image de l&#39;auteur<\/p><\/div>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, la comparaison avec le buste de Diderot de Houdon (1775) \u00a0qui inaugure le \u00ab\u00a0buste portrait\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019antique, est tr\u00e8s int\u00e9ressante. Le cadrage est finalement assez proche \u2013 le buste s\u2019ar\u00eate au bas du cou avant les \u00e9paules, \u00e0 peine esquiss\u00e9es. Mais Houdon imprime du mouvement \u00e0 la t\u00eate du philosophe qui se tourne vers la droite. Les yeux et les l\u00e8vres l\u00e9g\u00e8rement entrouvertes donnent un semblant de vie. Le visage est lisse, le front d\u00e9gag\u00e9, la coiffure courte, \u00e0 la fois \u00e0 la romaine, id\u00e9alis\u00e9e et r\u00e9aliste, et l\u2019ensemble exprime un sentiment de noblesse et de grandeur presqu\u2019\u00e0 l\u2019antique effectivement, en tout cas harmonieux, effet certainement recherch\u00e9. Le buste de Martin Georg Kovachich (1782) montre le m\u00eame cadrage. Mais le visage est frontal\u00a0; aucun mouvement ne vient distraire ou assouplir les lignes. Sa sym\u00e9trie parfaite et sa g\u00e9om\u00e9trisation sont irr\u00e9alistes et pourtant, le perruque, le col de fourrure, les rides, la mou de la bouche tout est montr\u00e9 et cisel\u00e9 admirablement. Le m\u00e9lange de raffinement dans le d\u00e9tail et de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 voire d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et d\u2019abstraction dans la composition cr\u00e9\u00e9 une tension particuli\u00e8re, un m\u00e9lange \u00e9trange de vie, de force et de puissance irr\u00e9elles. Si le buste de Diderot venait \u00e0 s\u2019\u00e9veiller, nous aurions un interlocuteur avenant, aimable et raffin\u00e9. Kovachich, historien et intellectuel hongrois \u2013 tr\u00e8s proche donc du milieu intellectuel de Diderot \u2013 nous glacerait car aucun sentiment intelligible et d\u00e9tectable n\u2019\u00e9mane de sa figure aust\u00e8re et pourtant vive. L\u2019oeuvre de Messerschmidt semble sonder des profondeurs obscures tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es des pr\u00e9occupations de Houdon, des profondeurs qui sont au centre de la s\u00e9rie des t\u00eates de caract\u00e8re.<\/p>\n<div id=\"attachment_402\" style=\"width: 395px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?attachment_id=402\" rel=\"attachment wp-att-402\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-402\" class=\"size-full wp-image-402 \" title=\"Houdon - Diderot\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Houdon-Diderot.jpg\" alt=\"\" width=\"385\" height=\"586\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Houdon-Diderot.jpg 481w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Houdon-Diderot-197x300.jpg 197w\" sizes=\"(max-width: 385px) 100vw, 385px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-402\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Antoine HOUDON - Diderot - Salon de 1771 \u00a9 Mus\u00e9e du Louvre\/P. Philibert<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_404\" style=\"width: 358px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?attachment_id=404\" rel=\"attachment wp-att-404\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-404\" class=\"size-full wp-image-404\" title=\"Messerschmidt - Martin-Georg-Kovachich\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Messerschmidt-Martin-Georg-Kovachich.jpg\" alt=\"\" width=\"348\" height=\"512\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Messerschmidt-Martin-Georg-Kovachich.jpg 348w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Messerschmidt-Martin-Georg-Kovachich-203x300.jpg 203w\" sizes=\"(max-width: 348px) 100vw, 348px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-404\" class=\"wp-caption-text\">Messerschmidt - Martin Georg Kovachich 1782 - \u00a9 Mus\u00e9e de Budapest<\/p><\/div>\n<p>Ainsi, par une \u00e9trange alchimie, Messerschmidt me semble retrouver ce qui fait la force des grands bronzes grecs\u00a0: un m\u00e9lange de repr\u00e9sentation animale et de puissances obscures\u2026 le calme masquant l\u2019ouragan. Formellement, son travail n\u2019a rien de n\u00e9o classique \u2013 comme on pourrait l\u2019entendre en 1789 &#8211; parce qu\u2019il n\u2019a rien de romain. Et il apporte un \u00e9clairage diff\u00e9rent sur cette p\u00e9riode incroyable o\u00f9 Mozart composait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Louvre propose simultan\u00e9ment deux expositions importantes et \u00e0 l\u2019ambition tr\u00e8s diff\u00e9rente consacr\u00e9es au XVIIIe si\u00e8cle\u00a0: L\u2019Antiquit\u00e9 r\u00eav\u00e9e &#8211; Innovations et r\u00e9sistances au XVIIIe si\u00e8cle et Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783).<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[3,6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/395"}],"collection":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=395"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/395\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":496,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/395\/revisions\/496"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=395"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=395"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=395"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}