{"id":680,"date":"2014-01-26T19:59:48","date_gmt":"2014-01-26T18:59:48","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=680"},"modified":"2014-01-26T19:59:48","modified_gmt":"2014-01-26T18:59:48","slug":"la-descente-de-croix-le-livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=680","title":{"rendered":"La descente de Croix : le livre"},"content":{"rendered":"<p>Le Mus\u00e9e du Louvre a publi\u00e9 fin 2013 dans le cadre de la collection Solo, un fascicule d\u2019un peu plus de soixante pages d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la descente de Croix en Ivoire, qui a fait l\u2019objet d\u2019une campagne de m\u00e9c\u00e9nat pour acqu\u00e9rir deux statuettes manquantes et miraculeusement retrouv\u00e9es (voir post pr\u00e9c\u00e9dent).<\/p>\n<p>Co r\u00e9dig\u00e9 par Elisabeth Antoine-K\u00f6nig du d\u00e9partement des objets d\u2019art et Juliette Levy-Hinstin restauratrice de l\u2019Institut du patrimoine, l\u2019ouvrage constitue la parfaite synth\u00e8se de tout ce que l\u2019on sait sur ce sujet, son histoire, son iconographie, son style, sa polychromie et son \u00e9tat de conservation. Un document qui rend compte id\u00e9alement du travail de recherche et d\u2019\u00e9tude qui a accompagn\u00e9 l\u2019acquisition des deux statuettes de Saint-Jean et de la Synagogue.<\/p>\n<p>On peut s\u2019arr\u00eater effectivement \u00e0 cette lecture du fascicule et \u00e0 ce pour quoi il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit : on parle d\u2019un objet d\u2019art; le plan de l\u2019ouvrage est conforme aux attentes du lecteur de ce type de travail, acad\u00e9mique et s\u00e9rieux; le contenu est scientifiquement irr\u00e9prochable, sans nul doute; la pr\u00e9sentation mat\u00e9rielle du fascicule est satisfaisante, sans luxe. L\u2019ensemble est lisible et agr\u00e9able.<\/p>\n<p>Alors quoi ?<\/p>\n<p>Pages 19 et 20 du livre, E. Antoine-K\u00f6nig aborde le sujet in\u00e9vitable en histoire de l\u2019art : le style, le contexte, bref l\u2019attribution. Ce sujet tr\u00e8s complexe est abord\u00e9 en \u00e0 peine plus d\u2019une page, la qualit\u00e9 de l\u2019oeuvre obligeant l\u2019exercice, mais la taille du fascicule interdisant de s\u2019\u00e9tendre. L\u2019auteur \u00e9voque les sculptures monumentales de Reims (fa\u00e7ade ouest, la synagogue du transept sud) et de Strasbourg (la synagogue) et d\u2019hypoth\u00e9tiques sculptures sur bois; hypoth\u00e9tiques, car aucun exemple concret n\u2019est donn\u00e9. Quoi qu\u2019il en soit, il ne fait pas de doute pour l\u2019auteur que ce sculpteur sur ivoire \u00e9tait en \u00e9troit contact avec la sculpture monumentale, et vraisemblablement \u00e9tait lui m\u00eame un grand sculpteur : \u00ab\u00a0<i>Ce ma\u00eetre sculpta certainement des oeuvres monumentales, dans la pierre peut-\u00eatre, dans le bois s\u00fbrement, dont la technique de taille est similaire \u00e0 celle de l\u2019ivoire\u00a0<\/i>\u00bb (page 20)<\/p>\n<p>Or, tout le texte parle d\u2019un objet d\u2019art, expos\u00e9 au d\u00e9partement \u00e9ponyme du Louvre, sans qu\u2019il soit \u00e0 aucun moment mat\u00e9riellement possible de mesurer le talent du ma\u00eetre de la descente de Croix aux oeuvres monumentales contemporaines pr\u00e9sentes au Louvre m\u00eame (le Childebert du d\u00e9partement des sculptures par exemple, quand bien m\u00eame la comparaison ne serait pas directement pertinente, les deux oeuvres restant toutefois proches par leur style, leur chronologie et leur contexte de production probable.)<\/p>\n<p>Et la \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb de l\u2019oeuvre au sens le plus large &#8211; d\u2019usage imm\u00e9diat, mais aussi symbolique, politique, artistique &#8211; n\u2019est abord\u00e9e que tr\u00e8s bri\u00e8vement (pages 10-11) sous l\u2019aspect &#8211; sic &#8211; d\u2019\u00ab\u00a0<i>Une image de d\u00e9votion unique<\/i>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>N\u2019est-il pas quelque peu paradoxal de souligner les qualit\u00e9s plastiques manifestement hors norme de l\u2019artefact tout en le r\u00e9duisant, nolens volens, en simple objet utilitaire de grand luxe ? Et cette segmentation &#8211; objet d\u2019art, grande sculpture &#8211; est-elle signifiante dans le contexte de l\u2019\u00e9poque &#8211; on sait la r\u00e9ponse plut\u00f4t n\u00e9gative ?<\/p>\n<p>Dans la mesure o\u00f9 l\u2019acquisition de deux statuettes en ivoire de quelques dizaines de centim\u00e8tres n\u2019est pas de nature \u00e0 bouleverser deux cents ans d\u2019organisation mus\u00e9ale, on pouvait au moins esp\u00e9rer que le fascicule combl\u00e2t cette segmentation anachronique pour le XIIIe si\u00e8cle; que les auteurs pussent d\u2019avantage approfondir la valeur symbolique, intellectuelle de l\u2019oeuvre, voire l\u2019enjeu des ivoires et des objets d\u2019art, dans la propagation d\u2019une culture et d\u2019un style &#8211; notamment de la sculpture monumentale du nord de la France possiblement par le biais de tels artefacts, con\u00e7us, pourquoi pas, comme vitrine d\u2019un savoir-faire mat\u00e9riel et intellectuel.<\/p>\n<p>Sans verser dans l\u2019exc\u00e8s (tel que le catalogue \u00ab\u00a0<i>Der Naumburger Meister<\/i>\u00a0\u00bb de presque 1600 pages, pour \u00e9voquer un maitre presque contemporain de celui de la Descente de Croix du Louvre, type de travail dont on notera au passage qu\u2019il est \u00e0 peu pr\u00e8s inconcevable aujourd\u2019hui de ce c\u00f4t\u00e9 du Rhin), le sujet m\u00e9ritait davantage de d\u00e9veloppements. Mais sans doute n\u2019\u00e9tait-ce pas possible compte tenu des moyens mis en oeuvre et de la structure qui les chapeaute.<\/p>\n<p>J\u2019en viens \u00e0 m\u2019interroger sur la possible contamination du propos des auteurs par l\u2019organisation m\u00eame du mus\u00e9e en d\u00e9partements par supports ou techniques (peinture, sculpture, estampe, objet d\u2019art \u2026) suivant une classification h\u00e9rit\u00e9e de la p\u00e9riode baroque, au moins, et de l\u2019Acad\u00e9mie (histoire, portrait \u2026), et dont la pertinence se perd. Organisation qui , en l\u2019occurrence, trouble, me semble-t-il, la perception par les auteurs &#8211; et le public &#8211; de la port\u00e9e historique, artistique et intellectuelle de la pi\u00e8ce et d\u2019une certaine fa\u00e7on, entretient implicitement dans ce texte une ambiguit\u00e9 paradoxale et contradictoire sur la nature de ce qu\u2019il pr\u00e9sente : art &#8211; sculpture monumentale &#8211; ou artisanat &#8211; objet d\u2019art ?<\/p>\n<p>Ce modeste exemple rappelle incidemment que l\u2019histoire de l\u2019art est aussi conditionn\u00e9e par le cadre &#8211; mat\u00e9riel et intellectuel &#8211; o\u00f9 elle s\u2019exerce et qu\u2019elle n\u2019\u00e9chappe pas toujours aux reflets de probl\u00e9matiques peu li\u00e9es \u00e0 son objet apparent, aussi modestes et mesquines soient elles. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019\u00e9vidences qu\u2019il me pla\u00eet de rappeler et dont on trouvera une magistrale illustration, \u00e0 un tout autre niveau et sur un tout autre enjeu, dans <i>La fabrique de l&rsquo;art national. Le nationalisme et les origines de l&rsquo; histoire de l&rsquo;art en France et en Allemagne (1870-1933) <\/i>de Michela Passini, entre autres. Les querelles entre historiens allemands et fran\u00e7ais \u00e0 propos du Gothique proc\u00e8dent d\u2019une instrumentalisation tout sauf innocente d\u2019une culture pass\u00e9e, cens\u00e9e exprimer la quintessence de l\u2019\u00e2me nationale\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Mus\u00e9e du Louvre a publi\u00e9 fin 2013 dans le cadre de la collection Solo, un fascicule d\u2019un peu plus de soixante pages d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la descente de Croix en Ivoire, qui a fait l\u2019objet d\u2019une campagne de m\u00e9c\u00e9nat pour acqu\u00e9rir deux statuettes manquantes et miraculeusement retrouv\u00e9es (voir post pr\u00e9c\u00e9dent). 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