{"id":769,"date":"2016-11-15T23:45:50","date_gmt":"2016-11-15T22:45:50","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=769"},"modified":"2020-04-15T10:36:15","modified_gmt":"2020-04-15T08:36:15","slug":"napoleon-iii-et-la-revolution-de-limage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=769","title":{"rendered":"Napol\u00e9on III et la r\u00e9volution de l\u2019image"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>\u00ab\u00a0Donc c&rsquo;est fait. D\u00fbt rugir de honte le canon,<\/p>\n<p>Te voil\u00e0, nain immonde, accroupi sur ce nom !<\/p>\n<p>Cette gloire est ton trou, ta bauge, ta demeure !<\/p>\n<p>Toi qui n&rsquo;as jamais pris la fortune qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure,<\/p>\n<p>Te voil\u00e0 presque assis sur ce hautain sommet !<\/p>\n<p>Sur le chapeau d&rsquo;Essling tu plantes ton plumet ;<\/p>\n<p>Tu mets, petit Poucet, ces bottes de sept lieues ;<\/p>\n<p>Tu prends Napol\u00e9on dans les r\u00e9gions bleues ;<\/p>\n<p>\u2026\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Victor Hugo, Les ch\u00e2timents (1853)<\/p>\n<p>Les premiers vers de <em>Napol\u00e9on III<\/em> d\u2019Hugo r\u00e9sument le fond d\u2019images qui peuplent souvent l\u2019esprit quand on \u00e9voque le Second Empire : le r\u00e8gne d\u2019un homme sans importance, port\u00e9 au pouvoir sans y avoir \u00e9t\u00e9 destin\u00e9, singe path\u00e9tique du grand Napol\u00e9on, l\u2019homme des victoires et du Code. On oublie que Louis-Napol\u00e9on, pr\u00e9sident \u00e9lu en 1848 d\u2019ailleurs avec le soutien d\u2019Hugo, fut le premier chef d\u2019\u00e9tat fran\u00e7ais \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de la l\u00e9gitimit\u00e9 qu\u2019octroie le suffrage universel ce qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait anecdotique. Zola est plus subtile, qui l\u2019appelle le \u00ab\u00a0Sphinx\u00a0\u00bb, soulignant l\u2019\u00e9nigme que constitue l\u2019homme, sa personnalit\u00e9 r\u00e9elle \u00e9chappant \u00e0 l\u2019analyse. Dans ses Rougon-Macquart, il expose les bouleversements sociaux du moment, dans tous les domaines : l\u2019argent, l\u2019art, le commerce, l\u2019industrie et les conditions du travail m\u00e9canis\u00e9\u2026 rendant indirectement une forme d\u2019hommage au foisonnement de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Et \u00e0 Paris , les avenues d\u2019Haussmann, le Palais Garnier et les grands magasins sur les boulevards, comme les th\u00e9\u00e2tres, t\u00e9moignent encore que la capitale est presqu\u2019une ville du second Empire et de la IIIe r\u00e9publique naissante qui a prolong\u00e9 sa politique.<\/p>\n<p>Ce moment d\u2019afflux de richesses, de transformations, est l\u2019objet d\u2019une exposition \u00e0 Orsay : <em>Spectaculaire Second Empire<\/em><sup><a id=\"ffn1\" class=\"footnote\" href=\"#fn1\">1<\/a><\/sup>.<\/p>\n<p>S\u2019agissant d\u2019une exposition \u00ab\u00a0d\u2019art\u00a0\u00bb d\u2019autres id\u00e9es bien ancr\u00e9es sur la p\u00e9riode surgissent d\u2019embl\u00e9e : \u00e9clectisme synonyme de surcharge; art de cour bourgeois impr\u00e9gn\u00e9 du go\u00fbt des fortunes trop vites acquises et aussi vites perdues (Zola, <em>La Cur\u00e9e<\/em>); on pense au d\u00e9cor surcharg\u00e9 des appartements du Louvre et aux portraits complaisants de Winterhalter. On songe \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tourdie de spectacles, de f\u00eates, de futilit\u00e9s, \u00e9prise du para\u00eetre\u2026 o\u00f9 des cocottes deviennent duchesses et se fond b\u00e2tir des palais de mille et une nuits (<em>Hotel de la Pa\u00efva<\/em> 1856-1865) et o\u00f9 Offenbach amuse la galerie avec g\u00e9nie.<\/p>\n<p>L\u2019exposition ne d\u00e9ment rien : tout est l\u00e0. Une cour qui semble perdue dans ces palais emprunt\u00e9s aux rois et princes de jadis, les Tuileries, Saint-Cloud, Fontainebleau, Compi\u00e8gne (Versailles, depuis Louis-Philippe, n\u2019est plus qu\u2019un mus\u00e9e et l\u2019Elys\u00e9e a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sert\u00e9 d\u00e8s 1852). L\u2019habit est trop grand qu&rsquo;on rembourre de fastes opulents qui rappellent autrefois : l\u2019Imp\u00e9ratrice reprend le style en vogue sous Marie-Antoinette, et commande des meubles Louis XVI \u00ab\u00a0hyperboliques\u00a0\u00bb. Napol\u00e9on prolonge les fastes louis-quatorziens, stucs, peintures, dorures.<\/p>\n<p>Ni Eug\u00e9nie ni Napol\u00e9on ne sont de vrais amateurs d\u2019art; ils aiment le luxe et le d\u00e9corum propre \u00e0 leur rang. L\u2019empereur est passionn\u00e9 d\u2019arch\u00e9ologie (Mus\u00e9e de Saint Germain dont les premi\u00e8res salles sont inaugur\u00e9es en 1867) et collectionne les armures ( collection pr\u00e9sent\u00e9e dans la <em>salle des Preuses<\/em> \u00e0 Pierrefonds, d\u00e9cision prise en 1865). Il ach\u00e8te quelques tableaux au salon (<em>La naissance de V\u00e9nus<\/em> de Cabanel, 1863). Eug\u00e8nie, on l\u2019a \u00e9crit, vit de nostalgie ancien-r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Pourtant, en 1863, s\u2019ouvre le premier salon des refus\u00e9s sur l\u2019initiative de l\u2019Empereur lui-m\u00eame, apr\u00e8s qu\u2019il eut trouv\u00e9 le jury trop s\u00e9v\u00e8re. Et d\u2019une certaine mani\u00e8re le monde des possibles parut basculer alors : Manet y pr\u00e9senta son <em>D\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em> (1863).<\/p>\n<p>Mais l\u2019oeuvre \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 peinte\u2026 Car si l\u2019exposition ne cache rien des fastes de cour, elle dessine les courants bien plus profonds et essentiels qui sourdent sous les ors, en particulier la rivalit\u00e9 entre Londres et Paris pour l\u2019organisation des expositions universelles. En 1867, l\u2019\u00e9v\u00e9nement attire dix millions de visiteurs payants, et plus de cinquante mille exposants; l\u2019industrie fran\u00e7aise du luxe triomphe.<\/p>\n<p>L\u2019industrie : le mot est l\u00e2ch\u00e9. L\u2019\u00e9poque est celle d\u2019un essor industriel massif. En France, en particulier, sont mis en oeuvre des moyens m\u00e9caniques de production en s\u00e9rie d\u2019objets de luxe. Les inventions dans se domaine se d\u00e9mocratisent tr\u00e8s vite, et d\u2019abord la photographie gr\u00e2ce au \u00ab\u00a0proc\u00e9d\u00e9 au collodion humide\u00a0\u00bb (1850). Nadar commercialise en masse ses tirages d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 50.<\/p>\n<p>L\u2019exposition pr\u00e9sente nombre de clich\u00e9s : des portraits, notamment. Tout le monde veut son portrait du simple \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb au richissime financier (Zola s\u2019en est moqu\u00e9). La haute soci\u00e9t\u00e9 est en pointe sur ce sujet; la cour aime le portrait photographique, en carte de visite ou plus monumental, prise de ce tourbillon narcissique fr\u00e9quent dans les milieux de pouvoir. Chacun pose, souvent en habit du jour, ou m\u00eame de c\u00e9r\u00e9monie, (par exemple la s\u00e9rie de Disd\u00e9ri consacr\u00e9e au <em>baron Adlophe de Rothschild<\/em>, 1858) parfois dans des mises en sc\u00e8ne emprunt\u00e9es aux vieux ma\u00eetres. Les \u00ab\u00a0artistes\u00a0\u00bb aussi s\u2019emparent du m\u00e9dium pour pr\u00e9parer leurs oeuvres, comme Degas; la photographie se substitue \u00e0 l\u2019antique camera obscura. L\u2019image, qui plus est fid\u00e8le, est partout, pour presque tous, envahit tout. On documente les transformations de Paris: la reconstruction du Louvre, l\u2019\u00e9dification du nouvel Op\u00e9ra et le percement des avenues.<\/p>\n<div id=\"attachment_780\" style=\"width: 766px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/121947.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-780\" class=\"wp-image-780 size-full\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/121947.jpeg\" alt=\"Princesse Metschersky en huit poses, quatre assise et quatre en pied, Andr\u00e9-Adolphe-Eug\u00e8ne Disd\u00e9ri, 1860\" width=\"756\" height=\"650\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/121947.jpeg 756w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/121947-300x258.jpeg 300w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/121947-700x602.jpeg 700w\" sizes=\"(max-width: 756px) 100vw, 756px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-780\" class=\"wp-caption-text\">Princesse Metschersky en huit poses, quatre assise et quatre en pied, Andr\u00e9-Adolphe-Eug\u00e8ne Disd\u00e9ri, 1860<\/p><\/div>\n<p>Les objets d\u2019art profitent du m\u00eame essor : Barbedienne associ\u00e9 \u00e0 Achille Collas depuis 1838, sait reproduire m\u00e9caniquement n\u2019importe quel ronde-bosse et en produire des copies en s\u00e9rie, notamment coul\u00e9es en bronze. Il en est de m\u00eame de pi\u00e8ces contemporaines con\u00e7ues avec l\u2019aide de S\u00e9vin. La reproduction de la porte de Ghiberti pour le baptist\u00e8re de Florence re\u00e7oit la grande m\u00e9daille d\u2019honneur \u00e0 l\u2019exposition universelle de Paris 1855.<\/p>\n<p>Les objets et meubles pr\u00e9sent\u00e9s se ressentent de cette m\u00e9canisation des moyens : leur technique est souvent incomparable et m\u00eame novatrice (<em>Cabinet n\u00e9o renaissance<\/em> de la maison Fourdinois, 1867); le r\u00e9sultat parfois \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb dans l\u2019historicisme invent\u00e9 (le <em>M\u00e9dailler triomphe de M\u00e9rov\u00e9e<\/em> de Diehl, Brandely, Fr\u00e9miet, 1867); et parfois futuriste par la modernit\u00e9 des formes (<em>Fauteuil pliant n\u00b02<\/em>, Thanet fr\u00e8res, 1860). On produit du Boulle plus \u00ab\u00a0versaillais\u00a0\u00bb que les originaux (le nom vaut manifeste : <em>Table de milieu, genre Boulle, dans le style Louis XIV<\/em>, Fr\u00e9d\u00e9ric Roux, 1867) et du Louis XVI qui semble subrepticement s\u2019\u00e9vaporer vers des confins de temps futurs, art d\u00e9co (<em>Bas d\u2019armoire<\/em>, Diehl, Brandely, Guillemin, 1867). M\u00e9caniques, parfois au corps d\u00e9fendant des artistes, aucun n\u2019arrache plus la moindre \u00e9motion.<\/p>\n<div id=\"attachment_774\" style=\"width: 447px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/01_pedia.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-774\" class=\"wp-image-774 size-full\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/01_pedia.jpg\" alt=\"M\u00e9daillier au Triomphe de M\u00e9rov\u00e9e, pr\u00e9sent\u00e9 par Charles-Guillaume Diehl lors de l'Exposition Universelle de 1867. Mus\u00e9e d'Orsay, Paris.\" width=\"437\" height=\"650\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/01_pedia.jpg 437w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/01_pedia-202x300.jpg 202w\" sizes=\"(max-width: 437px) 100vw, 437px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-774\" class=\"wp-caption-text\">M\u00e9daillier au Triomphe de M\u00e9rov\u00e9e, pr\u00e9sent\u00e9 par Charles-Guillaume Diehl lors de l&rsquo;Exposition Universelle de 1867. Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay, Paris.<\/p><\/div>\n<p>L\u2019architecture n\u2019est pas en reste o\u00f9 l\u2019emploi de l\u2019acier se g\u00e9n\u00e9ralise derni\u00e8re des fa\u00e7ades de pierres souvent historicistes et fastueuses (<em>Palais de l\u2019industrie<\/em> de Viel et Barrault, rivale du Christal Palace de Londres, 1855, mais aussi structure du <em>Palais Garnier<\/em>, commenc\u00e9 en 1861, inaugur\u00e9 en 1875, objet sans style, objet de tout style, objet de style Napol\u00e9on III et manifeste du r\u00e8gne ).<\/p>\n<p>Et les voyages deviennent toujours plus ais\u00e9s par la multiplication des voies de chemin de fer dont on acc\u00e9l\u00e8re le d\u00e9veloppement pour rattraper l\u2019Angleterre (pas loin de 16000 km de voies en 1870 pour presque 25000 outre-Manche). La bonne soci\u00e9t\u00e9, drainant bient\u00f4t les artistes, d\u00e9couvre les bains de mer, dans le Nord, en Normandie ou \u00e0 Biarritz (<em>Sur la plage, Boulogne sur mer<\/em>, Manet, 1868; <em>H\u00f4tel des Roches-Noires, Trouville<\/em>, Monet, 1870); le populo et les artistes explorent la banlieue (<em>La Grenouill\u00e8re<\/em>, Renoir, 1869). On mange en plein air, sur l\u2019herbe. (<em>Le d\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em>, Manet, 1863)<\/p>\n<p>Sous l\u2019apparence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019apparat, bourgeoise, fig\u00e9e dans les conventions, la r\u00e9volution qui conduit \u00e0 la modernit\u00e9 est en marche. La salle o\u00f9 les commissaires restituent un accrochage proche de celui des refus\u00e9s de 1863 est \u00e9loquentes : <em>La naissance de V\u00e9nus<\/em> de Cabanel voisine <em>Le d\u00e9jeuner sur l\u2019herbe<\/em> de Manet. Les deux oeuvres sont de 1863, expos\u00e9es au salon, l\u2019un officiel, l\u2019autre chez les refus\u00e9s. Dans un sens, Cabanel, dans la convention et la tradition, est plus \u00ab\u00a0licencieux\u00a0\u00bb que Manet selon une certaine perspective de la haute soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque &#8211; est-ce ce qui a attir\u00e9 l\u2019empereur ? Mais Manet oriente la peinture vers son avenir, en scrutant le pr\u00e9sent. L&rsquo;espace contemporain entre en sc\u00e8ne autrement qu&rsquo;en \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div id=\"attachment_778\" style=\"width: 670px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_-_Google_Art_Project_2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-778\" class=\"wp-image-778 size-large\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_-_Google_Art_Project_2-1024x582.jpg\" alt=\"La naissance de V\u00e9nus, Alexandre Cabanel, 1863\" width=\"660\" height=\"375\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_-_Google_Art_Project_2-1024x582.jpg 1024w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_-_Google_Art_Project_2-300x170.jpg 300w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_-_Google_Art_Project_2-768x436.jpg 768w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Alexandre_Cabanel_-_The_Birth_of_Venus_-_Google_Art_Project_2-700x398.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-778\" class=\"wp-caption-text\">La naissance de V\u00e9nus, Alexandre Cabanel, 1863<\/p><\/div>\n<div id=\"attachment_779\" style=\"width: 670px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-779\" class=\"wp-image-779 size-large\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe-1024x807.jpg\" alt=\"Le d\u00e9jeuner sur l'herbe, Edouard Manet, 1863\" width=\"660\" height=\"520\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe-1024x807.jpg 1024w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe-300x236.jpg 300w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe-768x605.jpg 768w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe-700x552.jpg 700w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/\u00c9douard_Manet_-_Le_D\u00e9jeuner_sur_lherbe.jpg 1642w\" sizes=\"(max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-779\" class=\"wp-caption-text\">Le d\u00e9jeuner sur l&rsquo;herbe, Edouard Manet, 1863<\/p><\/div>\n<p>On comprend alors ce qui a \u00e9t\u00e9 en jeu : la production en s\u00e9rie, la reproduction parfaite et m\u00e9canique de la nature, notamment par la photographie ont, en quelque sorte, produit une d\u00e9monstration par l\u2019absurde. Comme on voyait bien qu\u2019aussi fid\u00e8les qu\u2019elles fussent, toutes les photographies ne se valaient pas; comme on percevait que la perfection de la main \u00e9tait progressivement supplant\u00e9e par l\u2019infaillibilit\u00e9 de la machine, ni l\u2019imitation de la nature, ni le sujet, ni le fini du faire ne pouvaient manifestement encore constituer des attributs du geste artistique; la d\u00e9monstration \u00e9tait faite que l\u2019art n\u2019avait pas de rapport r\u00e9el, au fond, avec ce qui en avait sous-tendu quelques th\u00e9ories depuis l\u2019antiquit\u00e9 en Occident; ce n\u2019\u00e9taient que pr\u00e9textes et conventions, librement et n\u00e9cessairement consentis, moyens de faire passer la pilule, si je peux dire. Il avait fallu que les peintres, les sculpteurs, repr\u00e9sentassent des \u00eatres et des choses \u00ab\u00a0ressemblants\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0trompes-l-oeil\u00a0\u00bb, pour les faire reconnaitre et accepter par des commanditaires et surtout un \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb plus souvent conservateurs que progressistes et qui appr\u00e9ciaient ces \u00ab\u00a0miroirs\u00a0du monde \u00bb comme les artistes avaient n\u00e9cessit\u00e9 de s\u2019y trouver, dans un \u00e9change f\u00e9cond o\u00f9 un dialogue \u00e9tait possible; qu\u2019ils empruntassent \u00e0 la fable, \u00e0 l\u2019\u00e9glise, au pouvoir, pour que la r\u00e9f\u00e9rence couvre l\u2019audace des \u00ab\u00a0sous-textes\u00a0\u00bb (les Menines de Velasquez, par exemple), dans un jeu dont les plus subtils non seulement n\u2019\u00e9taient pas dupe, mais le cherchaient. Tout cela, de tout temps\u2026 Manet largue les amarres.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s tout, quel est l\u2019objet de la Joconde sinon, d\u2019une certaine fa\u00e7on, la peinture elle-m\u00eame, c\u2019est \u00e0 dire exactement l\u2019objet des Manet, Monet, Renoir \u2026 et, au-del\u00e0, de la place que l\u2019on s\u2019accorde au monde en <strong>se<\/strong> le repr\u00e9sentant ? En France m\u00eame, le \u00ab\u00a0je ne sais quoi\u00a0\u00bb th\u00e9oris\u00e9 vers 1670, avait d\u00e9j\u00e0 ouvert une br\u00e8che. Mais cela, et bien d\u2019autres encore, ne pouvait pourtant pas constituer une \u00ab\u00a0d\u00e9monstration\u00a0\u00bb pour le \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb, comme ce fut la cas alors, autour de ce premier salon des refus\u00e9s de 1863, entre Cabanel et Manet, au son d\u2019Offenbach dans le trop-plein, d\u00e9j\u00e0, des photographies du gotha.<\/p>\n<p>Le Second Empire est bien le terreau o\u00f9 cette premi\u00e8re r\u00e9volution prend ouvertement et <strong>publiquement<\/strong> corps; le commencement de ce qui \u00e9clate 40 ans plus tard, qu\u2019on admire chez Chtchoukine et que nous suivons toujours.<\/p>\n<p>Cette exposition, o\u00f9 l\u2019on voit des \u00ab\u00a0horreurs\u00a0\u00bb monstrueuses\u00a0\u00e0 notre regard r\u00e9volutionn\u00e9 par ceux-l\u00e0 m\u00eame qui ont fait cette histoire, est d\u2019une certaine fa\u00e7on le compl\u00e9ment historiographique de celle de la fondation Vuitton. Comme pour elle, on se f\u00e9licite de l\u2019intelligence des commissaires, de l\u2019accrochage et du propos.<\/p>\n<ol id=\"footnotes\">\n<li id=\"fn1\"><a href=\"#\">[] http:\/\/www.musee-orsay.fr\/fr\/evenements\/expositions\/au-musee-dorsay\/presentation-detaillee\/article\/spectaculaire-second-empire-44074.html?tx<em>ttnews%5BbackPid%5D=99&amp;cHash=db58067304 <\/em><\/a> <a href=\"#ffn1\">&#x21a9;<\/a><\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Donc c&rsquo;est fait. D\u00fbt rugir de honte le canon, Te voil\u00e0, nain immonde, accroupi sur ce nom ! Cette gloire est ton trou, ta bauge, ta demeure ! Toi qui n&rsquo;as jamais pris la fortune qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure, Te voil\u00e0 presque assis sur ce hautain sommet ! 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