{"id":799,"date":"2017-01-07T11:46:23","date_gmt":"2017-01-07T10:46:23","guid":{"rendered":"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=799"},"modified":"2020-04-15T10:38:05","modified_gmt":"2020-04-15T08:38:05","slug":"cy-twombly-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/?p=799","title":{"rendered":"Cy Twombly"},"content":{"rendered":"<p>Le Pompidou pr\u00e9sente une retrospective monographique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Cy Twombly. Les curateurs ont fait le choix d\u2019une pr\u00e9sentation chronologique des oeuvres, organis\u00e9e, selon eux, autour de trois temps forts, <em>Nine Discourses on Commodus (1963)<\/em>, <em>Fifty Days at Iliam (1978)<\/em> et <em>Coronation of Sesostris (2000)<\/em>. Toutefois les sculptures et photographies sont trait\u00e9es \u00e0 part. Quelques rares documents sont pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la fin.<\/p>\n<p>Choisir une pr\u00e9sentation chronologique, c\u2019est choisir d\u2019\u00e9clairer l\u2019oeuvre par son histoire, son d\u00e9roulement; c\u2019est raconter l\u2019histoire de l\u2019artiste au public qui vient . Voici l\u2019histoire racont\u00e9e par les panneaux dans l\u2019exposition &#8211; en italique le texte est sit\u00e9:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Twombly fait preuve d\u00e8s les ann\u00e9es 50 d\u2019une <em>maturit\u00e9 pr\u00e9coce<\/em>. Il sort du Black Mountain College o\u00f9 il c\u00f4toie la <em>fine fleur de l\u2019avant-garde am\u00e9ricaine<\/em>. Il part \u00e0 24 ans avec Rauschenberg en Europe et Afrique du Nord, en revient en 53 et r\u00e9alise rapidement ses toiles blanches couvertes d\u2019\u00e9critures &#8211; et non de Graffiti, puisqu\u2019il n\u2019aimait pas le mot, nous dit-on. D\u2019embl\u00e9e il s\u2019agit <em>d\u2019oeuvres d\u2019exceptions<\/em>. Mais L\u00e9o Castelli refuse pourtant de les exposer.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">En 57, Twombly retourne en Italie pour retrouver une amie, Betty Stokes et lui fait cadeau d\u2019une s\u00e9rie de huit dessins \u00e0 la craie. Il s\u2019agit encore d\u2019<em>oeuvres d\u2019exception<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Il \u00e9pouse en 59 Luisa Tatiana Franchetti et s\u2019installe \u00e0 Rome dans un <em>quartier d\u2019intellectuels<\/em> et change de technique <em>abandonnant la peinture industrielle, fluide et visqueuse, au profit de la peinture \u00e0 l\u2019huile en tube.<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Il peint entre 60 et 62 des peintures charnelles, qui <em>conservent la m\u00e9moire sensuelle des chaudes nuits romaines<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">En 1963, il consacre un cycle \u00e0 l\u2019empereur Commode en \u00e9chos \u00e0 l\u2019assassinat de Kennedy (?). L\u2019oeuvre montr\u00e9e \u00e0 New York chez Castelli, est \u00e9reint\u00e9e par la critique et sera vendue \u00e0 un <em>industriel Italien<\/em> puis au Guggenheim Bilbao.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Apr\u00e8s Eros, Twombly se consacre \u00e0 Thanatos, notamment avec Achilles Mourning the Death of Patroclus, Vengeance of Achilles et le triptyque Ilium poss\u00e9d\u00e9 un temps par Pinault.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">En 66 en r\u00e9action (?) <em>aux tendances minimales et conceptuelles qui \u00e9mergent aux Etats Unis dans les ann\u00e9es 60<\/em>, Twombly <em>entame une nouvelle s\u00e9quence de peintures remarquables par leur aust\u00e9rit\u00e9<\/em>. Il expose \u00e0 Turin puis chez Castelli et \u00e9change une oeuvre de cette s\u00e9rie avec Warhol<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Pendant toutes ces ann\u00e9es ils r\u00e9alisent des sculptures, <em>assemblages et hybridations<\/em>, badigeonn\u00e9es de blanc. \u00ab\u00a0La peinture blanche est mon marbre\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-il dans une interview.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Il pratique aussi la photographie. Le <em>format carr\u00e9 du Polaro\u00efd lui permet de d\u00e9velopper sa propre identit\u00e9 photographique<\/em>. Ses clich\u00e9s <em>rappellent les lieux o\u00f9 il v\u00e9cut, son go\u00fbt pour la sculpture, les fleurs et les v\u00e9g\u00e9taux<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">En 75 il acquiert une nouvelle maison \u00e0 Rome. Il lit Hom\u00e8re et entame le cycle des dix toiles de Fifty Days at Iliam, le A rempla\u00e7ant le u d\u2019Ilium en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Achille, h\u00e9ros cl\u00e9 d\u2019oeuvres de 1962. L\u2019oeuvre n\u2019est \u00e0 nouveau visible que depuis 1989, gr\u00e2ce \u00e0 son acquisition par le Philadelphia Museum of Art. C\u2019est sa premi\u00e8re pr\u00e9sentation en Europe.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Il entreprend le vaste cycle Coronation of Sesostris, <em>o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent par fragments les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 S\u00e9sostris Ier, aux po\u00e8tes antiques Sappho et Alcman ainsi qu&rsquo;\u00e0 la po\u00e9tesse contemporaine Patricia Waters<\/em>.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px\">Enfin au milieu des ann\u00e9es 2000, il reprend une s\u00e9rie consacr\u00e9e \u00e0 Bacchus, en lien (?) avec la guerre en Irak, utilisant de <em>la peinture rouge, \u00e9vocatrice du sang ou du vin, qu&rsquo;il laisse couler librement sur les immenses toiles beiges<\/em>. La premi\u00e8re s\u00e9rie sur ce th\u00e8me est expos\u00e9e chez Gagosian en 2005<\/p>\n<p>Les auteurs de ces textes n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter plusieurs fois les m\u00eames motifs : oeuvre d\u2019exception revient deux fois, au d\u00e9but de l\u2019expo; le Black Mountain College de m\u00eame, au d\u00e9but et \u00e0 la fin, par exemple. Et \u00e0 noyer le propos de d\u00e9tails : le couple Di Robilant a eu son premier enfant en 57. Kennedy est mort en 1963 \u00e0 Dallas. La guerre en Irak s\u00e9vit en 2005. David Whitney poss\u00e9dait un loft \u00e0 Canal Street dans les ann\u00e9es 60, Alexander Pope a bien traduit Hom\u00e8re au XVIIIe si\u00e8cle, La galerie Gagosian est sur Madison Avenue en 2005\u2026 Sans oublier des tournures de phrases bien maladroites qui font passer l\u2019histoire du monde pour l\u2019anecdote de la carri\u00e8re du peintre &#8211; soyons modeste : <em>alors que Kennedy est assassin\u00e9 \u00e0 Dallas <\/em>(vous l\u2019ignoriez ?), notre \u00ab\u00a0immense\u00a0\u00bb artiste cr\u00e9e\u00a0et plus loin <em>alors que s\u00e9vit la guerre en Irak\u2026<\/em><\/p>\n<p>Je suis sorti de l\u00e0 en me posant cette question : Est-ce vraiment une exposition consacr\u00e9e \u00e0 Cy Twombly ?<\/p>\n<p>Twombly \u00e9tait gay. Son voyage au Maroc avec Rauschenberg fut tout sauf un trip touristique en dromadaire. Sa recherche concernant la litt\u00e9rature antique grecque et romaine porte en grande partie sur sa fascination pour une culture o\u00f9 les cat\u00e9gories, gay, h\u00e9t\u00e9ro, \u2026 n\u2019avaient tout simplement pas de sens et certainement pas celui projet\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 hyper machiste des ann\u00e9es 50, celles des pin-up et de John Wayne. Le th\u00e8me de Patrocle et Achille, par exemple, est une tentative pour sugg\u00e9rer cette \u00ab\u00a0approche\u00a0\u00bb de la culture grecque antique.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0graffiti\u00a0\u00bb est issu de ses exp\u00e9riences de cryptographie dans l\u2019arm\u00e9e. Si il en nie le lien avec ces textes partout pr\u00e9sents sur les lieux de plaisirs, m\u00eame les plus sordides, le rapport m\u00e9taphorique est pourtant \u00e9vident et le \u00ab\u00a0discours\u00a0\u00bb port\u00e9 similaire. L\u2019\u00e9chec de l\u2019exposition chez Castelli en 1964, Nine Discourses on Commodus, serait en grande partie du, selon Nicolas Cullinan, \u00e0 l\u2019article \u00ab\u00a0folle\u00a0\u00bb que Vogue US consacra au palais de Twombly \u00e0 Rome \u2026 La forme de l\u2019oeuvre est \u00e9galement en cause certes, son esth\u00e9tique \u00ab\u00a0trop europ\u00e9enne\u00a0\u00bb tr\u00e8s travaill\u00e9e et classique \u00e9tant en d\u00e9calage avec le pop art et le minimalisme qui s\u2019imposent alors.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-804 size-large\" src=\"http:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_2221-e1483787676630-1024x641.jpg\" alt=\"\" width=\"660\" height=\"413\" srcset=\"https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_2221-e1483787676630-1024x641.jpg 1024w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_2221-e1483787676630-300x188.jpg 300w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_2221-e1483787676630-768x481.jpg 768w, https:\/\/sntrvfl.org\/blogpat\/wp-content\/uploads\/2017\/01\/IMG_2221-e1483787676630-700x438.jpg 700w\" sizes=\"(max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><\/p>\n<p>Bref, le Pompidou a mis Twombly au placard. Je n\u2019ose imaginer ce que serait une exposition\u00a0F\u00e9lix Gonz\u00e1lez-Torres subissant le m\u00eame traitement \u2026<\/p>\n<p>Il faut donc refaire le parcours en r\u00e9crivant l\u2019histoire, en faisant le travail que les curateurs ont \u00e9t\u00e9 incapables de mener \u00e0 bien, \u00e0 moins qu\u2019ils n\u2019en aient \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s.<\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019espoir de revoir tout \u00e7a dans un contexte moins attentif au bottin mondain, moins snob et p\u00e9dant et plus compr\u00e9hensif de la force et de la beaut\u00e9 de l\u2019oeuvre, de son contexte et de ses sources d\u2019inspiration (oublier de mentionner Poussin dans un mus\u00e9e fran\u00e7ais pr\u00e9sentant Empire of Flora, tient de l\u2019exploit; ignorer les textes de Barthes, du crime). Revoir tout \u00e7a dans une exposition qui aurait un propos, elle. Car je ne vais pas seulement regarder de jolies choses accroch\u00e9es aux cimaises; les kermesses sont l\u00e0 pour \u00e7a. Mais pour m\u2019instruire, pour me d\u00e9lecter, me nourrir. Rat\u00e9, malgr\u00e9 Twombly.<\/p>\n<hr \/>\n<blockquote><p>Textes de l\u2019exposition<\/p>\n<p><em>Les ann\u00e9es 1950 t\u00e9moignent de la maturit\u00e9 pr\u00e9coce de Cy Twombly, jeune peintre originaire de Lexington, dans le sud des \u00c9tats-Unis. \u00c0 peine sorti du Black Mountain College, universit\u00e9 libre exp\u00e9rimentale de Caroline du Nord, o\u00f9 il c\u00f4toie la fine fleur de l&rsquo;avant-garde am\u00e9ricaine, il s&#8217;embarque, \u00e0 24 ans, pour l&rsquo;Europe et l&rsquo;Afrique du Nord en compagnie de Robert Rauschenberg. \u00c0 son retour \u00e0 New York \u00e0 la fin du printemps 1953, il r\u00e9alise ses premi\u00e8res \u0153uvres d&rsquo;envergure, dont la sonorit\u00e9 des titres \u00e9voque des villages et sites arch\u00e9ologiques marocains. Naissent ensuite les toiles blanches couvertes d\u2019\u00e9critures \u2014 Cy Twombly n&rsquo;affectionnait pas le terme \u00abgraffiti\u00bb dont la critique les a affubl\u00e9, \u00e0 connotation triviale. Le chef-d&rsquo;\u0153uvre de la d\u00e9cennie est sans conteste la s\u00e9rie de peintures blanches r\u00e9alis\u00e9es en 1959 \u00e0 Lexington, que Leo Castelli refuse pourtant d&rsquo;exposer. L&rsquo;\u00e9conomie de moyens est pouss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, en un m\u00e9lange de peinture industrielle blanche et de mine de plomb. L&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du langage pictural en fait des \u0153uvres d&rsquo;exception.<\/em><\/p>\n<p><em>Au cours de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1957. Cy Twombly retourne en Italie pour rendre visite \u00e0 son amie Betty Stokes, l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;Alvise Di Robilant, qui vient de donner naissance \u00e0 leur premier enfant. Le couple Robilant habite alors Grottaferrata, o\u00f9 Cy Twombly photographie Betty \u00e0 plusieurs reprises. Lors de ce s\u00e9jour, il r\u00e9alise notamment une suite de huit dessins \u00e0 la craie de couleur dont il lui fait cadeau. L&rsquo;un d&rsquo;eux fut malheureusement extrait de l&rsquo;ensemble qui ne compte plus actuellement que sept dessins. Leur \u00e9criture nerveuse et leurs couleurs vives en font des \u0153uvres d&rsquo;exception.<\/em><\/p>\n<p><em>Apr\u00e8s son mariage avec Luisa Tatiana Franchetti, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 New York le 20 avril 1959, Cy Twombly s&rsquo;installe \u00e0 Rome dans un appartement situ\u00e9 via di Monserrato, quartier d&rsquo;intellectuels. Le couple fait de cette demeure sa r\u00e9sidence principale. \u00c0 cette \u00e9poque, Twombly vient d&rsquo;abandonner la peinture industrielle, fluide et visqueuse, au profit de la peinture \u00e0 l\u2019huile en tube, aux propri\u00e9t\u00e9s diam\u00e9tralement oppos\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><em>Entre 1960 et 1962, il r\u00e9alise quelques-unes de ses peintures les plus charnelles. Empire of Flora en est un exemple \u00e9loquent. Des fragments de corps \u00e9pars, f\u00e9minins comme masculins, pars\u00e8ment les toiles qui semblent conserver la m\u00e9moire sensuelle des chaudes nuits romaines.<\/em><\/p>\n<p><em>Fin 1963, alors que John F. Kennedy est assassin\u00e9 \u00e0 Dallas, Cy Twombly consacre un cycle de neuf peintures \u00e0 l&#8217;empereur romain Commode (161\u2014192), d\u00e9crit comme cruel et sanguinaire. L&rsquo;artiste traduit le climat de violence du r\u00e8gne de l&rsquo;h\u00e9ritier de Marc-Aur\u00e8le, marqu\u00e9 par la terreur et les ex\u00e9cutions. Expos\u00e9 \u00e0 la galerie Leo Castelli \u00e0 New York au printemps 1964, le cycle re\u00e7oit un accueil extr\u00eamement d\u00e9favorable de la part de la critique. Le public new-yorkais, qui s&rsquo;enthousiasme alors pour le minimalisme naissant, comprend mal le g\u00e9nie pictural de Cy Twombly et sa capacit\u00e9 \u00e0 transcrire sur la toile les phases psychologiques complexes qui marqu\u00e8rent la vie et la mort de l&#8217;empereur romain, qui \u00e9tait incapable de r\u00e9gner sans avoir recours \u00e0 l&rsquo;assassinat. \u00c0 l&rsquo;issue de l&rsquo;exposition, Cy Twombly r\u00e9cup\u00e8re les \u0153uvres du cycle \u00ab\u00a0Commodus\u00a0\u00bb qui fut vendu \u00e0 un industriel italien, puis acquis en 2007 par le mus\u00e9e Guggenheim de Bilbao.<\/em><\/p>\n<p><em>Apr\u00e8s avoir r\u00e9alis\u00e9 une s\u00e9rie de peintures plac\u00e9es sous le signe d&rsquo;\u00c9ros \u00e0 l&rsquo;aube des ann\u00e9es 1960, Twombly se tourne d\u00e8s 1962 vers Thanatos, personnification de la Mort. Ce virage trouve une expression paroxystique dans les deux premi\u00e8res m\u00e9ditations portant sur la guerre de Troie auxquelles se livre l&rsquo;artiste: Achilles Mourning the Death of Patroclus et Vengeance of Achilles. Cy Twombly y donne forme \u00e0 la douleur puis \u00e0 la vengeance d&rsquo;Achille suite \u00e0 la mort de Patrocle dans cet ensemble exceptionnellement r\u00e9uni pour l&rsquo;exposition. Le triptyque Ilium fut, quant \u00e0 lui, d\u00e9membr\u00e9 \u00e0 une date inconnue et le premier panneau rejoignit la collection Eli et Edythe Broad \u00e0 Los Angeles. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, Cy Twombly, pour pallier cette dispersion, r\u00e9alise une nouvelle version du premier panneau afin de compl\u00e9ter le triptyque, alors en possession du collectionneur Fran\u00e7ois Pinault.<\/em><\/p>\n<p><em>En r\u00e9action aux nouvelles tendances minimales et conceptuelles qui \u00e9mergent aux \u00c9tats-Unis dans les ann\u00e9es 1960, Cy Twombly entame en 1966, \u00e0 Rome, une nouvelle s\u00e9quence de peintures remarquables par leur aust\u00e9rit\u00e9, domin\u00e9es par une palette r\u00e9duite aux gris et noir. L&rsquo;artiste y trace des formes simples o\u00f9 des graphes circulaires \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un b\u00e2ton de cire blanche. Il expose l&rsquo;ensemble d\u00e9but 1967 \u00e0 Turin \u00e0 la Galleria Notizie. \u00c0 l&rsquo;automne, son galeriste Leo Castelli pr\u00e9sente \u00e0 New York une seconde s\u00e9rie, r\u00e9alis\u00e9e en janvier de la m\u00eame ann\u00e9e, dans un loft de Canal Street que le collectionneur et conservateur David Whitney avait mis \u00e0 disposition du peintre. Parmi les \u0153uvres expos\u00e9es figure Sans titre (New York City), dat\u00e9e de 1967 (cat. n\u00b075), qui fit l&rsquo;objet d&rsquo;un \u00e9change entre Andy Warhol et Cy Twombly. Ce dernier, en contrepartie, choisit un des Tuna Fish Disasters du chef de file du pop art.<\/em><\/p>\n<p><em>Les sculptures de Cy Twombly peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es \u00ab\u00a0d&rsquo;assemblages\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d&rsquo;hybridations\u00a0\u00bb en ce qu&rsquo;elles sont constitu\u00e9es d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments disparates. \u00c9labor\u00e9es \u00e0 partir d&rsquo;objets trouv\u00e9s (morceaux de bois. fiches \u00e9lectriques, cartons, fragments de m\u00e9tal, fleurs s\u00e9ch\u00e9es ou artificielles), ces combinaisons de formes brutes sont unifi\u00e9es par un mince rev\u00eatement de pl\u00e2tre. Le blanc dont elles sont badigeonn\u00e9es fait na\u00eetre \u00e0 leur surface de subtiles nuances, accroche la lumi\u00e8re et leur octroie une apparence spectrale. En ce sens l&rsquo;artiste, dans un entretien avec le critique d&rsquo;art David Sylvester, soulignait \u00abLa peinture blanche est mon marbre\u00bb. Parfois transpos\u00e9es en bronze dans un second temps, ces sculptures apparaissent comme des r\u00e9miniscences de mythes, d&rsquo;objets symboliques ou de d\u00e9sirs personnels, \u00e0 l\u2019instar de Winters&rsquo; Passage Luxor (Porto Ercole),1985. \u00abLa sculpture de Cy Twombly, \u00e9crit Edmund de Waal, para\u00eet plus archa\u00efque qu&rsquo;archa\u00efsante, comme si l&rsquo;\u00e9lan qui pousse \u00e0 sa r\u00e9alisation \u00e9tait lui-m\u00eame ancien.\u00bb<\/em><\/p>\n<p><em>En 1975, Cy Twombly acquiert une maison du XVIe si\u00e8cle \u00e0 Bassano in Teverina, au nord de Rome. Apr\u00e8s une restauration rudimentaire, il y installe son atelier d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Inspir\u00e9 par la lecture de l&rsquo;Iliade du po\u00e8te Hom\u00e8re qu&rsquo;il d\u00e9couvre dans la traduction anglaise qu\u2019en donna Alexander Pope au XVIIIe si\u00e8cle, il entame en 1977 le cycle Fifty Days at Iliam. Il lui faut deux \u00e9t\u00e9s successifs pour achever les dix toiles qui composent ce cycle majeur. Au terme \u00abIlium\u00bb qui d\u00e9signe la ville antique de Troie. Cy Twombly substitue celui d&rsquo;\u00abIliam\u00bb, dont il pr\u00e9f\u00e8re la sonorit\u00e9. \u00c0 ses yeux, la lettre \u00abA\u00bb \u00e9voque Achille, le h\u00e9ros grec qu&rsquo;il place au c\u0153ur de deux toiles en 1962. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 expos\u00e9e en 1978 \u00e0 la Lone Star Foundation de New York, l&rsquo;\u0153uvre restera des ann\u00e9es en caisse et ne sera rendue visible qu&rsquo;apr\u00e8s son acquisition par le Philadelphia Museum of Art, en 1989. Depuis lors, elle est pr\u00e9sent\u00e9e de fa\u00e7on permanente dans une salle du mus\u00e9e d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Cy Twombly. \u00c0 l&rsquo;occasion de cette exposition, elle est pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en Europe.<\/em><\/p>\n<p><em>\u00abCoronation of Sesostris\u00bb appartient aux grands cycles de peintures qui jalonnent l&rsquo;\u0153uvre de Cy Twombly et se d\u00e9marquent des s\u00e9ries purement abstraites par l&rsquo;insertion d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments narratifs. \u00c0 l&rsquo;instar du dieu \u00e9gyptien R\u00e2 qui traverse le ciel \u00e0 bord de sa barque solaire de la pointe du jour jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la nuit, Cy Twombly ouvre le cycle par des toiles lumineuses domin\u00e9es par des teintes solaires \u2014 jaune et rouge \u2014 et le cl\u00f4t en noir et blanc par une \u00e9vocation douce-am\u00e8re d&rsquo;\u00c9ros, extraite d&rsquo;un po\u00e8me de Sappho -. \u00abEros tisseur de mythes, Eros doux-amer, Eros annonciateur de souffrance\u00bb. Il entrem\u00eale par fragments les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 S\u00e9sostris Ier, aux po\u00e8tes antiques Sappho et Alcman ainsi qu&rsquo;\u00e0 la po\u00e9tesse contemporaine Patricia Waters. Ce cycle, entam\u00e9 par Twombly dans sa demeure italienne de Bassano, n&rsquo;est achev\u00e9 qu&rsquo;une fois les toiles envoy\u00e9es \u00e0 Lexington. Les photographies de Sally Mann r\u00e9v\u00e8lent en effet les toiles de formats diff\u00e9rents directement clou\u00e9es aux murs du petit atelier, attestant ainsi qu&rsquo;elles ne furent mont\u00e9es sur ch\u00e2ssis qu\u2019une fois achev\u00e9es.<\/em><\/p>\n<p><em>Pour la s\u00e9rie Bacchus que Cy Twombly peint d\u00e9but 2005 dans son atelier italien de Ga\u00e8te alors que s\u00e9vit la guerre en Irak, il revient \u00e0 son \u00e9criture si caract\u00e9ristique d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9e dans les \u00abTableaux noirs\u00bb de la fin des ann\u00e9es 1960. Il remplace cependant le crayon de cire blanc par de la peinture rouge, \u00e9vocatrice du sang ou du vin, qu&rsquo;il laisse couler librement sur les immenses toiles beiges. La premi\u00e8re s\u00e9rie comprend huit peintures monumentales qu&rsquo;il expose fin 2005 dans la galerie Larry Gagosian sur Madison Avenue \u00e0 New York. Entre 2006 et 2008 il entreprend une nouvelle s\u00e9rie de toiles autour de la figure de Bacchus, parfois sur des formats plus imposants encore. Les deux \u0153uvres expos\u00e9es ici sont issues de la premi\u00e8re s\u00e9rie.<\/em><\/p>\n<p><em>Depuis ses d\u00e9buts au Black Mountain College, en Caroline du Nord, Cy Twombly n&rsquo;a cess\u00e9 de pratiquer la photographie.<\/em><\/p>\n<p><em>Form\u00e9 aupr\u00e8s des photographes am\u00e9ricains Hazel-Frieda Larsen et Aaron Siskind, il r\u00e9alise d\u00e8s 1951 une s\u00e9rie de natures mortes, capturant bouteilles et pots, qui \u00e9voquent le souvenir des \u0153uvres du peintre italien Giorgio Morandi. Au Maroc en 1953, lors de son premier voyage outre-Atlantique, il scrute attentivement les chaises, les plis des nappes d&rsquo;un restaurant de T\u00e9touan. Mais c&rsquo;est plus tard, lorsqu&rsquo;il d\u00e9couvre le format carr\u00e9 du Polaro\u00efd qu&rsquo;il d\u00e9veloppe sa propre identit\u00e9 photographique. Reflets du go\u00fbt de Cy Twombly pour le flou, les couleurs pastel ou parfois satur\u00e9es et stridentes, les agrandissements tir\u00e9s \u00e0 sec \u00e9voquent un monde d&rsquo;images contemplatif. Ces photographies rappellent les lieux o\u00f9 il v\u00e9cut, son go\u00fbt pour la sculpture, les fleurs et les v\u00e9g\u00e9taux. Lorsqu&rsquo;un ami lui apporte c\u00e9drats, mains de Bouddha et autres fruits de la famille des citrons, il accentue leur c\u00f4t\u00e9 sculptural et sensuel dans des s\u00e9ries de Polaro\u00efds. Loin des conventions photographiques de l&rsquo;\u00e9poque, il fait na\u00eetre par l&rsquo;image des \u00abpo\u00e8mes succincts et discrets\u00bb.<\/em><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Pompidou pr\u00e9sente une retrospective monographique d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Cy Twombly. Les curateurs ont fait le choix d\u2019une pr\u00e9sentation chronologique des oeuvres, organis\u00e9e, selon eux, autour de trois temps forts, Nine Discourses on Commodus (1963), Fifty Days at Iliam (1978) et Coronation of Sesostris (2000). Toutefois les sculptures et photographies sont trait\u00e9es \u00e0 part. 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