J’ai hésité avant d’écrire quelques lignes sur l’exposition Basquiat au musée d’Arts Modernes de la ville. Je l’ai vue il y quelques temps déjà après avoir fait le déplacement à Bales pour sa version Suisse à la fondation Beyeler.
Bien que plus riche en œuvres, la version française de l’exposition m’a paru plus froide. La fondation Beyeler avait su d’avantage mettre en valeur les pièces, créer des espaces plus intimes autorisant une proximité que l’accrochage parisien ne permet pas. Les espaces du MAM sont froids, glaçants, et la signalétique est … que dire ?
Pourquoi ai-je hésité ? Tout simplement parce que Basquiat est un artiste hors normes, magnifique, et que cela suffit de le dire. C’est en voyant Monet et en constatant l’ennui que tous ces paysages m’ont finalement procuré que me sont revenus l’enthousiasme et l’excitation deux fois provoqués à Bales puis à Paris devant Pegasus (1987) ou Discography One (1983) et Discography two (1983) ou Tuxedo (1982-83) ou encore Boy and Dog in a Johnnypump (1982)… et tant d’autres.
Que dire de Basquiat si ce n’est que l’on reste fasciné par l’énergie et la sûreté que dégagent son travail. Voilà un artiste qui n’a pas eu a chercher un style ou une manière qui n’a pas eu à se construire un langage : il les a trouvés d’emblée et sa maitrise est extraordinaire.
Mais cela ne suffit pas. Il les a mis au service de propos, parfois militants – les œuvres qui évoquent la cause des noirs – souvent référentiels – les textes et les œuvres sur papier – toujours pour solliciter non seulement le regard mais aussi l’intellect. Basquiat ne cherche pas immédiatement à séduire mais à éveiller la part active du cerveau du spectateur, à obtenir de sa part un « mouvement de pensées », à provoquer, sans doute, mais au sens le plus positif et poétique.
Personnellement j’avoue avoir un faible pour Untitled (The Daros Suite of Thirty-two Drawings) (1982-83) et Pegasus. Il s’agit d’oeuvres sur papier, polyptiques pour la première (34 dessins) et unique pour la seconde, envahie de dessins et de textes pour l’une, purement textuelle pour l’autre. Basquiat crée un univers où les mots et les formes se télescopent, transfigurés en matériaux comme d’autres auraient utilisé des couleurs, des collages ou des objets. Dans Pegasus, la trace noire du coin supérieur droit crée une tension entre le monde riche, savant, métaphorique du texte et son effacement potentiel à moins que ce ne soit l’inverse et que l’œuvre soit la métaphore de l’intelligence et du savoir chassant l’obscurantisme et l’ignorance …
Car Basquiat est un artiste savant – de formes comme de textes – qui assimile et transforme ses influences – Twombly, Picasso, … – comme un autre créateur immense dont il s’est réclamé : Picasso, justement. Il les manipule comme Miles – autre de ses références – manipulait ses notes.
Mais tout cela est banal et rien ne vaut une contemplation silencieuse et personnelle devant ce qui est de mon point de vue, l’un des univers artistiques les plus fascinants de la fin du siècle dernier.
Incontournable.